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Ready Player One : Harry Potter chez les geeks

Mes lectures sont assez éclectiques. Du classique, du moderne, de la fantasy, de la litté jeunesse. Je vais là où l’inspiration du moment me pousse, pas toujours de façon très heureuse, mais c’est le jeu. Si je préfère les longs romans profonds qui font durer le plaisir, je ne crache pas sur un petit livre léger, sans prétention, qui me fera passer un moment. Et c’est le cas de Ready Player One, un ebook anglais, acheté sur les offres éclair Mamazone, et dans une moindre mesure, du Livre sans nom dont je vous parlerai prochainement.

Ready Player One est le récit de Wade Owen Watts dit Parzival, orphelin autodidacte qui survit comme il peut dans une civilisation en déchéance de l’an 2044. Le monde est alors au bord de l’auto-destruction (famines, manque de ressources, pauvreté…) et toute la population mondiale se réfugie, de Tokyo à New York, en passant par Le Caire ou Buenos Aires, dans une immense réalité virtuelle: OASIS.

Et quand le génial inventeur de ce « jeu »,  James Halliday, décède sans héritier, commence alors une immense « egghunt » (littéralement chasse à l’œuf) à l’intérieur d’OASIS. 3 clés pour ouvrir 3 portes. La récompense ? La fortune de Mister Halliday et avec elle une partie du contrôle de l’univers d’OASIS. Mais trouver l’œuf nécessite une bonne de patience, mais surtout une culture infaillible sur les passions de Halliday : jeux vidéos, cinéma, séries télé ou musique.

Wade sera le premier à voir son nom s’inscrire sur le tableau des scores. Et c’est là que démarrent les ennuis…

Quel rapport avec Harry Potter, me direz-vous ? Eh bien, hormis le fait que tous deux partagent une existence solitaire et misérable au début du roman, ils ont également de nombreux traits de caractère communs : la générosité, l’ingéniosité, le courage et un sens aigu de la justice et de la différence entre le Bien et le Mal. De plus, les obstacles auxquels Parzival sera confronté vont vite prendre une tonalité épique -l’egghunt a des enjeux bien plus importants que le simple gain pécuniaire- à travers 3 épreuves. Et seul, il ne s’en sortira pas : il aura lui aussi besoin de son Hermione et de son Ron.

Pas de Lord Voldemort ici, mais une multinationale prête à tout pour avoir la main mise sur OASIS et le dépouiller de son âme.

Pas de magie ou de sorcellerie non plus, mais à la place, des références à toute la pop culture des années 80 : de Pac-Man à Blade-runner, des Goonies à Swordquest, de Highlander à INXS. C’est un univers de gamers, avec ses codes, son vocabulaire. Un univers familier à ceux qui comme moi, ont possédé un Amiga 500, ont entré leurs premières lignes de code sur un Atari, et ont pratiqué les MMORPG.

Je conçois que ça ne plaise pas à tout le monde, mais au-delà du plongeon en enfance, le récit est rythmé, varié et les personnages, bien qu’assez jeunes, sont sympathiques et attachants. Bien sûr, on tombe souvent dans la caricature quand on évoque le « méchant » de l’histoire, mais on lui pardonne vite car il a le mérite d’être intéressant et de bien servir l’intrigue.

Si l’univers est original, les ficelles narratives le sont beaucoup moins – il y a un vrai arrière-goût d’Harry Potter pas désagréable – mais elles sont efficaces. On peut critiquer le style ou le manque de profondeur de l’intrigue, mais je vous rappelle que c’est classé litté jeunesse. Cela ne m’a en tout cas pas empêchée de me prendre au jeu : je ne me suis pas ennuyée une seconde.

Pas besoin d’un grand niveau en anglais pour en profiter, mais si vous êtes allergique à la technologie et au monde vidéoludesque en général, passez votre chemin. Si ce n’est pas le cas, Ready Player One est un bon petit roman à lire sur la plage cet été, tout en savourant un Raider ou des Treets !

(Vous vous sentez l’âme d’un chasseur d’œuf ? Ernest Cline a lancé sa propre chasse, inspirée de son livre, sur son site. Le prix ? Une Delorean, la voiture de Retour Vers le Futur !)

BONUS : Traduction maison des premiers paragraphes.

 » Tous ceux de mon âge se rappellent où ils étaient et ce qu’ils faisaient quand ils ont entendu parler du concours pour la première fois. J’étais dans ma planque à regarder des dessins animés quand les infos ont interrompu mon flux vidéo, annonçant la mort de James Halliday durant la nuit.

Je connaissais Halliday, bien sûr. Comme tout le monde. Il était le concepteur de jeux vidéo à l’origine d’OASIS, un jeu en ligne massivement multijoueurs qui s’était progressivement transformé en une réalité virtuelle en réseau, à l’échelle mondiale, que la majorité de l’humanité utilisait désormais quotidiennement. Le succès sans précédent de l’OASIS avait fait d’Halliday l’un des hommes les plus riches du monde.

 Au début, je n’ai pas compris pourquoi les médias faisaient un tel foin de la mort du milliardaire. Après tout, les habitants de la Planète Terre avaient d’autres préoccupations. La crise persistante de l’énergie. Les changements climatiques catastrophiques. La généralisation de la famine, de la pauvreté et de la maladie. Une demi douzaine de guerres. Vous voyez : « Chiens et Chats couchant ensemble, l’hystérie collective ! ». Normalement, les infos n’interrompaient pas les sitcoms interactifs et les séries à l’eau de rose à moins que quelque chose de vraiment important se soit produit. Comme la propagation d’un nouveau virus mortel, ou encore une grande ville qui avait disparue dans un champignon de fumée. Des gros trucs comme ça. Malgré sa célébrité, on n’aurait du consacrer à la mort d’Halliday qu’une courte annonce aux nouvelles du soir, afin que les masses crasseuses secouent leurs têtes avec envie, à l’annonce de la somme obscène qui serait léguée aux héritiers du riche homme.

Mais le problème était là. James Halliday n’avait pas d’héritiers.« 

Titre original : Ready Player One

Langue: anglais

Éditeur : Cornerstone Digital

Genre : Science-Fiction, Anticipation

Thèmes : Culture pop, Virtuel, Jeux

Pages : 386

1re publication : 2011

Traduction : est forcément prévue, non ?

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American Darling – Russell Banks – Enfin une excellente lecture !

Quel livre ! Lu en trois jours, que dis-je, dévoré, tout cru, sans reprendre ma respiration. Ce roman est mon coup de coeur de l’année. J’y ai trouvé tout ce que j’aime et que je cherchais ailleurs depuis un petit moment : du style, des idées, une narration riche qui parle à mon coeur et à ma tête. Merci Monsieur Banks et merci Achille49 qui me l’a offert pour le Swap USA organisé sur Livraddict.

American Darling est le récit d’une femme -et quelle héroïne- écrit par un homme. Il nous promène à travers l’histoire de la seconde moitié du XXè siècle, des États-Unis au Liberia, en passant par le Congo. Le Liberia et les États-Unis, liés par l’Histoire, mais aussi par celle avec un petit h de notre narratrice, Hannah Musgrave.

Hannah Musgrave est une vieille femme quand elle débute son récit. Fermière bio dans un coin reculé des USA, son pays de naissance, elle décide un beau matin de retourner au Liberia, pays avec lequel elle semble avoir un lien profond. Ce sont les raisons de ce départ que nous découvrons en même temps que l’histoire torturée et tortueuse de ce personnage haut en couleurs.

Car Hannah Musgrave est une femme complexe, prise au piège de ses propres choix et contradictions. Elle est tour à tour féministe, activiste, mère, épouse, rebelle, soumise, amoureuse, cynique, égoïste. C’est une femme qui veut changer le monde, quel qu’en soit le coût pour elle et les siens. C’est une femme passionnée qui essaie de réconcilier sa vision du monde et la réalité de celui-ci. Et cela n’est possible qu’au prix de grands sacrifices et d’immenses souffrances.

Je ne veux pas trop vous en dévoiler car la découverte progressive des différentes facettes de ce personnage, des différentes époques de sa vie entre les deux continents, est un des grands plaisirs de cette lecture. Sachez seulement qu’on y apprend beaucoup sur l’activisme, le féminisme, la lutte pour les droits civiques, l’histoire du Liberia.

C’est un voyage humain et littéraire d’une richesse incroyable. Hannah Musgrave se livre sans concessions et ne cache jamais les parts d’ombre de son histoire. Sa froideur et son détachement en feront peut-être frémir certains.

L’écriture est fluide, un vrai flot de conscience, qui s’adapte parfaitement aux changements de lieux et d’époque, aux aller-retours de la mémoire d’Hannah, sans jamais semer son lecteur. Ce récit est une introspection, oui, mais le lien avec les évènements et la vie est tellement fort, qu’on ne sait plus qui modèle qui. Hannah est-elle un produit de son époque et de sa société ? Ou a-t-elle modelé sa vie et celle des autres à son image ?

Plusieurs semaines après la lecture, Hannah Musgrave ne m’a pas quittée, tout comme les questions qu’elle soulève sur la (im)possibilité d’être une femme libre.

(Par contre, si comme moi vous souhaitez lire d’autres Banks en français sur votre liseuse, vous pouvez vous brosser ! Mais vous trouverez au moins American Darling.)

Extrait de l’incipit :

« APRÈS BIEN DES ANNÉES où j’ai cru que je ne rêvais plus jamais de rien, j’ai rêvé de l’Afrique. C’est arrivé une nuit de la fin du mois d’août, ici, dans ma ferme de Keene Valley, pratiquement le lieu le plus éloigné de l’Afrique où j’aie pu m’installer. J’ai été incapable de me souvenir de ce que racontait ce rêve, mais je sais qu’il se déroulait en Afrique, au Liberia, dans ma maison de Monrovia. Les chimpanzés avaient dû y jouer un rôle, parce que des visages ronds et bruns semblables à des masques flottaient encore dans mon esprit quand je me suis réveillée bien à l’abri dans mon lit, dans cette vieille maison au milieu des monts Adirondacks. Et j’étais submergée par une évidence: j’allais bientôt y retourner. 

Mon retour n’était pas dicté par une décision consciente. Il s’agissait plutôt d’un pressentiment, peut-être d’une prémonition qui émergeait de la partie la plus noire de mon esprit au même rythme que les images du Liberia y dérivaient, s’y abîmaient, s’évanouissant dans ces eaux sombres où j’ai emmagasiné la plupart de mes souvenirs d’Afrique. Et non seulement d’Afrique mais des années terribles qui l’ont précédée. Quand on garde autant de choses secrètes aussi longtemps que je l’ai fait, on finit par se les cacher aussi à soi-même. C’était donc là que le rêve était allé, à l’endroit même où j’avais enfoui mes souvenirs oubliés du Liberia et des années qui m’y avaient conduite. Comme s’il s’agissait du secret de quelqu’un d’autre et que j’étais celle qui, plus que quiconque, ne devait pas en être informée. »

Titre original : The Darling

Langue: français

Éditeur : Babel – Actes Sud

Thèmes : Engagement, Féminisme, Amour, Idéaux, Liberté, Guerre

Pages : 570

1re publication : 2004, traduit en 2005

Adaptation : prévue au cinéma, réalisée par Scorsese avec Cate Blanchett.

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Faut-il changer la façon de choisir mes livres ? – Extrêmement fort et incroyablement près

Adapté si vite au cinéma ? Ça aurait du me mettre la puce à l'oreille...

Encore un livre acheté sur conseil de la blogosphère. Encore un livre qui me fait un-peu-mais-pas-trop chier. Encore un livre qui me déçoit. Encore un livre que tout le monde semble aimer, sauf moi.

Où vais-je ? Dans quel état j’erre ?

Soit je n’ai pas les mêmes goûts que la majorité et devrais donc m’abstenir de suivre ses conseils, soit j’ai un problème avec les romans sur le 11 Septembre (j’avais détesté L’homme qui tombe).

Je comprends le succès de ce roman, je ne dis même pas qu’il est usurpé, et dans d’autres circonstances, je l’aurais peut-être classé dans les bonnes lectures de l’été.

Mais là, c’est l’overdose.

J’ai trop de choses à leur reprocher, à lui et à ses compères. Car, l’histoire a beau être originale, j’ai une très forte impression de déjà-vu : lieu, style, époque, personnages me sont trop familiers.

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, vous n’avez pas encore jeté le moule ?

Extrêmement fort et incroyablement près, EFIP pour faire court, raconte comment Oskar, jeune-surdoué-handicapé-social-Asperger-que-c-est-original, essaie de vivre après la mort de son père dans les attentats du 11 Septembre. On le suit alors qu’il parcourt New York, de rencontre en rencontre, à la recherche de ce que peut bien ouvrir la clé qu’il a trouvée dans les affaires de son défunt père.

C’est émouvant, on y verse même des larmes de crocodile car c’est impossible de rester insensible à la détresse de ce petit garçon. Il a perdu son papa, il est triste, il en veut à sa mère, sa naïveté est touchante et il sait révéler le meilleur chez les gens qu’il rencontre. Quoi ne pas aimer ici ?

Eh bien tout ça, justement.

C’est mignon, c’est touchant, ça déborde de bons sentiments.

On sourit juste quand il faut, parce ça ferait mauvais genre de finir noyés dans ses propres larmes. Les remarques innocentes du petit Oskar font mouche à tous les coup, on note même une ou deux phrases bien tournées sur la vie à recaser au prochain diner en ville, tout est très réussi.

Et on finit par se faire chier.

L'Asperger a la côte au ciné, aussi

Parce que les romans dont le narrateur est un jeune garçon si intelligent et si incompris mais tellement poète et philosophe du monde qu’on a envie de le serrer très fort dans ses bras, ben j’ai l’impression que ma bibliothèque en est empli ces derniers temps.

2 surdoués en 2 mois, c’est trop.

Le filon est épuisé, les mécanismes connus, je n’arrive pas à être surprise et à ne pas hausser les yeux au ciel à chaque « originalité » de notre petit prodige.

Et puis les héros de moins 1m50, ça commence à m’ennuyer très profondément. C’est mignon, mais c’est niais. Y a rien à faire, j’ai envie de les claquer. Leurs problèmes ne sont définitivement pas les miens. Et tant mieux.

J’en ai marre de cette littérature de la facilité, qui se contente d’une intrigue originale, de deux-trois personnages attachants et consensuels, et ne prend aucun risque.

Aucun risque dans l’exploration des thématiques, dans la psychologie. Mais aussi aucun risque littéraire.

Il parait qu’il y a un style Jonathan Safran Foer.

Ah.

Quand Oskar s’exprime, j’entends la voix de tous les petits Asperger de la littérature contemporaine. Avec les mêmes tics, les mêmes supposés modes de pensée, les mêmes obsessions, les mêmes passions.

Euh, j’avais pas dit au début de l’article que tout n’était pas à jeter ?

Une belle couverture pour un titre à la con

Heureusement, une partie du récit m’a bien accrochée et c’est là que je me suis rendue compte que quelque chose clochait. Il s’agit de l’histoire du grand-père et de la grand-mère d’Oskar qui suit le récit du petit garçon en filigrane. Ce sont eux qui parlent à tour de rôle, et on assiste à une sorte de flux de conscience des personnages, leurs récits s’emmêlent et démêlent un passé douloureux et complexe. Et pour le coup, leur histoire d’amour est, elle, loin d’être niaise. Si j’avais été JSF, c’est cette histoire et elle seule qu’il m’aurait intéressé de raconter. C’est en tout cas les seuls passages que je qualifierais de Littérature, avec un grand L.

Le reste, c’est de la littérature jeunesse déguisée. J’aime beaucoup ça, parfois, mais là je pensais trouver quelque chose d’un peu plus profond et mature.

À me lire, vous allez penser que j’ai détesté ce roman et que je suis très snob, ce n’est pas le cas. En tout cas, pas pour le premier. Je n’ai pas passé un moment désagréable. J’ai juste réalisé à la lecture de cette histoire que ce type d’écriture n’est pas fait pour moi.

Ce n’est pas ce que je recherche quand j’ouvre un livre, et EFIP tombe très mal. Sur 8 romans lus cette année, 3 ont reçu des critiques dithyrambiques sur le net et tous les trois m’ont, à différents degrés, ennuyée. C’est beaucoup.

Un excellent roman avec des enfants, des parents et des grands-parents, réunis autour du 11 Septembre. Ça, c'est de la littérature.

J’ai besoin qu’un roman m’apporte un peu plus qu’un simple bon moment, aussitôt passé, aussitôt oublié. Et c’est valable aussi pour les purs divertissements. Toutes les lectures ne peuvent pas être impérissables, bien sûr, mais un roman n’est pas qu’une belle histoire joliment racontée et qui fait rire ou pleurer.

Arrêtez le pathos, les papas décédés et les petits enfants malheureux. Ça marche, oui, sur moi la première, véritable fontaine salée. Mais qu’est-ce que ça nous apporte finalement ?

Est-ce qu’on en sort changé ? Grandi ?

Est-ce que notre lecture va continuer à nous accompagner ?

A-t-elle été autre chose qu’un pur moment de loisir ? De consommation, oserais-je dire ?

Je sais bien qu’on ne lit pas tous pour ces raisons-là et je ne peux pas raisonnablement exiger de chacune de mes lectures de changer ma vie. Pourtant, je crois que les seules qui me satisfont sont celles qui tendent vers ça, qui essaient d’y parvenir, même maladroitement, même fugacement.

Je ne veux pas d’un pâle miroir de la vie. Je veux encore moins d’une copie de miroir de la vie.

J’ai besoin qu’une lecture parle à mon cœur, mais surtout à ma tête. J’ai besoin qu’elle ne secoue mes conceptions sur le monde et la vie, qu’elle me perturbe, qu’elle m’instruise, qu’elle me poursuive, qu’elle m’ouvre des horizons, qu’elle transforme le monde, qu’elle crée le monde.

Rien que ça.

Je ne suis pas exigeante.

Si ?

 
 
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Et vous, où étiez-vous ?

Et que faisiez-vous ces dernières années, quand le visage de notre nouveau président attendait d’être dévoilé ?

Pour ma part, j’ai gardé un souvenir très précis, non pas tant des soirées, que des périodes électorales. Même si, avec le temps, l’enthousiasme s’est émoussé.

1981

J’ai quatre ans et aucun souvenir de cette élection. Mais la génération Mitterrand, c’est moi.

J’ai longtemps été persuadée que Président et François Mitterrand étaient synonymes.

Je suis tombée de haut quand on m’a annoncé qu’il n’était pas président à vie et pouvait perdre son mandat.

Je n’ai vécu en direct aucun de ces moments : la victoire, le panthéon, l’affolement des marchés, la liesse populaire. Et pourtant, ils font partie de mon histoire.

1988

J’ai 11 ans et dans la cour de récré, avec Gwénaëlle R. dont le papa est socialo-communiste, on milite pour Tonton. On a déjà des idées très arrêtées et on papote politique tous les matins avec Hélène et Mme P., les dames de la cantine.

J’ai 11 ans et je ne peux pas imaginer quelqu’un d’autre à la tête de mon pays. Tonton, c’est un peu notre papa.

Je me souviens d’une attente exaltée devant la télé et d’une grande joie à l’annonce des résultats. J’avais eu le droit de suivre une grande partie de la soirée électorale, moi qui ne pouvais jamais regarder la télé le soir. C’est dire si c’était important.

1995

J’ai 18 ans et à 1 mois près, je ne peux pas voter. Je ne m’inscris donc pas sur les listes électorales cette année-là, ça ne sert à rien, et je me ferai avoir en beauté quand Chichi dissoudra l’Assemblée nationale l’année suivante. Ces élections anticipées me passent également sous le nez.

Je suis en Terminale, on parle beaucoup politique. Pour la 1re fois, j’ai autour de moi des jeunes de mon âge qui avouent voter à droite et ça me laisse très sceptique. Je suis plutôt Charlie Hebdo que le Figaro. Chacun ses goûts.

Je regarde aussi beaucoup les Guignols, comme de plus en plus de français. Chirac en deviendrait presque sympathique.

De toutes façons, on est déjà en cohabitation, ces élections marquent la fin de l’ère Mitterrand mais ne changent pas la donne. J’avais même oublié que Jospin était le candidat de la gauche. Cette élection ne m’a pas laissé beaucoup de traces, les conversations avec mes potes trotskistes davantage.

2002

21 Avril, le choc. Je suis étudiante, politisée et fière de l’être. Et je défile, à Rennes, avec des milliers de gens contre le Front National. J’ai un souvenir très ému de cette foule immense et bigarrée.

Le Pen perd, Chirac gagne et se vante presque d’avoir été élu aussi largement.

L’impression d’avoir été flouée va persister un bon moment.

2007

Ségolène, Sarko. Deux candidats de droite. L’un comme l’autre m’horripile.

Aucune alternative satisfaisante.

Ce n’est pas tant une campagne des idées qu’une campagne de la communication.

Le débat se déplace à droite, la gauche est au centre.

On ne nous demande plus de voter pour nos convictions, pour un candidat qui nous convient, mais de « voter utile ». Parce que tous les votes ne sont pas égaux ? C’est comme pour la galinette cendrée ? Il y a le bon vote et le mauvais vote ?

Malgré le spectre du 21 Avril, je ne me déplace pas.

J’ai 30 ans, je ne suis plus jeune et pourtant, mon état d’esprit se résume à ça :

2012

J’ai bien conscience que l’abstention n’est pas une solution. Ma foi en la politique a repris du poil de la bête et cette campagne aura vu ma participation à mon 1er meeting politique.

Dimanche, j’irai voter, c’est certain. Et puis, j’irai peut-être assister aux résultats dans les locaux du parti auquel milite mon chéri. Ou alors, je resterai devant ma télé, en souvenir du bon vieux temps, quand je n’avais pas encore 20 ans.

Et vous, où serez-vous ?

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« Si les candidats étaient « : portrait chinois pour vous aider à choisir

Petit jeu auquel vous avez tous joué enfant, ou récemment, y a pas d’âge. Normalement, c’est un autoportrait, mais il se trouve que je n’ai pas les candidats sous la main. Voici, en  tout objectivité, sans aucun parti pris, les réponses qu’ils auraient pu donner… Mais on n’est jamais trop prudent :

ÂMES POLITIQUEMENT SUSCEPTIBLES S’ABSTENIR

(Non, ce portrait ne penche pas du tout d’un côté.
C’est une illusion d’optique.
Objectif, j’ai dit. )

Si nos candidats étaient….

Un titre de film:

Sarkozy : Apocalypse Now

Le Pen : Au nom du père

Arthaud : Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes

Bayrou : Et au milieu coule une rivière

Mélenchon : Extension du domaine de la lutte

Poutou :  À la poursuite d’octobre rouge

Cheminade : Rencontre du 3ème type

Dupont-Aignan: Mon nom est personne

Joly : Titanic

Hollande : La grande bouffe

Un personnage de fiction :

Sarkozy : Rastignac,

Hollande : Bridget Jones,

Bayrou : Charles Bovary,

Marine Le Pen : Bellatrix Lestrange,

Poutou : Étienne Lantier,

Mélenchon : Toby Ziegler (The West Wing),

Joly : Caroline (la tortue dans Boule et Bill. La ressemblance est troublante)

Arthaud : Mafalda,

Dupont-Aignan : Thierry la Fronde,

Cheminade : Le professeur Tournesol

Des paroles de chanson :


Sarkozy : Les Poppys

« Non, non rien a changé
Tout, tout a continué
Hé ! Hé ! Hé ! Hé !

Et pourtant bien des gens
Ont chanté avec nous
Et pourtant bien des gens
Se sont mis à genoux
Pour prier, oui pour prier
Pour prier, oui pour prier
Mais j’ai vu tous les jours
A la télévision
Même le soir de Noël
Des fusils, des canons
J’ai pleuré, oui j’ai pleuré
J’ai pleuré
Qui pourra m’expliquer que… »,

Hollande : Jon Lajoie

« I am just a regular everyday normal guy…
Nothing special about me Mother Fucka
I am just a regular everyday normal guy…
When I go to the clubs I wait in line Mother Fucka
I am just a regular everyday normal guy…
I got 600 dollars In the bank Mother Fucka
I am just a regular everyday normal guy…
And my sexual performances is average »

Le Pen : Michel Fugain

« Elle est vivante, elle a encore
La haine au ventre, la rage au corps
La bête immonde

Qu’elle tourne au loin comme un vautour
Ou Rampe et ronge tout autour
La bête immonde

Depuis le temps qu’elle a fait le trou
De sa tanière grise
Là-bas, ici, partout
Au coeur de chacun de nous
Elle est l’enfant que la bêtise
A conçu avec l’ombre
La bête immonde »
Joly : Kana

« J’ai de petits problèmes dans ma plantation
Pourquoi ça pousse pas?

Moi, j’ai planté tomates et concombres.
Concombres ça pousse pas.
Alors moi, j’ai planté bien à l’ombre,
À l’ombre ça pousse toujours pas. »

Poutou : Les Fatals Picards

« Mon père était tellement de gauche
qu’à son mariage dans l’église
On chantait l’Internationale,
les femmes portaient des faux cils
Mon père était tellement de gauche
qu’on a eu tout plein d’accidents
Il refusait la priorité a droite, systématiquement »

Arthaud : Renaud

« Elle crèche cité Lénine
Une banlieue ordinaire
Deux pièces et la cuisine
Canapé, frigidaire
Préfèrerait habiter
Cité Mireille Mathieu
Au moins elle sait qui c’est
Pis c’est vrai qu’ça f’rait mieux
Sur les cartes de visite
Qu’elle utilise jamais
Ça mettrait du ciel bleu
Sur les quittances de gaz
L’en parlera au syndic
Si elle a une occase »

Mélenchon : Zebda

« Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
Ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne
Ohé, partisans ouvriers et paysans c’est l’alarme
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes

Motivés, motivés
Il faut rester motivés !
Motivés, motivés
Il faut se motiver !
Motivés, motivés
Soyons motivés !
Motivés, motivés
Motivés, motivés !

On va rester motivé pour le face à face
On va rester motivé quand on les aura en face
On va rester motivé, on veut que ça se sache
On va rester motivé…

On va rester motivé pour la lutte des classes
On va rester motivé contre les dégueulasses

Motivés, motivés… »

Dupont-Aignan : Gérard Lanvin

« On m’appelle le chevalier blanc
Je vais et je vole au secours d’innocents
Dans la campagne résonne la poudre
Je vais et vole plus vite que la foudre

Mon épée est prête à servir
L’ennemi n’a qu’à me tenir
De chacun je suis respecté
Du paysan au chevalier

On m’appelle le chevalier blanc
Je vais et je vole au secours d’innocents
Cents fois ma tête fut mise à prix
Jamais personne ne m’a pris

Ces soldats ne me font pas peur
J’ai pour moi la force et l’honneur
La justice guide mon bras
Jamais rien ne l’arrêtera »

Bayrou : Max Boublil et Luce

« T’es moyenne
Lalalalalala
T’es moyen
Lalalalalala
Mais j’ai pas fait le difficile
A 5h du matin

T’es moyen
Lalalalalala
T’es moyenne
Lalalalalala
J’aurai préférée trouver mieux
Mais tu me faisais de la peine »

Cheminade : Balavoine

« J’aurais voulu être un artiste
Pour pouvoir faire mon numéro
Quand l’avion se pose sur la piste
À Rotterdam ou à Rio
J’aurais voulu être un chanteur
Pour pouvoir crier qui je suis
J’aurais voulu être un auteur
Pour pouvoir inventer ma vie

J’aurais voulu être un acteur
Pour tous les jours changer de peau
Et pour pouvoir me trouver beau
Sur un grand écran en couleurs

J’aurais voulu être un artiste
Pour pouvoir être un anarchiste
Et vivre comme un millionnaire

J’aurais voulu être un artiste
Pour avoir le monde à refaire
Pour pouvoir dire pourquoi j’existe  »

Une phrase célèbre :

Hollande : « Veni, vidi, vici »

Sarkozy : »Au revoir » VGE

Le Pen : « Tant va la cruche à l’eau… »

Joly :   » Dans chaque ami, il y a la moitié d’un traître.  »

Bayrou : « Impossible n’est pas français »

Poutou : « L’espoir fait vivre »

Dupont-Aignan : « C’est encore plus beau lorsque c’est inutile »

Arthaud : « Révolte ! Révolte ! » (Kaamelott)

Mélenchon : « Ah, ça ira, ça ira, ça ira »

Cheminade : « bloubloubloublou » (La denrée)

Un truc qui se mange

Le Pen : Une tête de nègre

Sarkozy : Un soufflé

Bayrou : Une truffe

Joly : La gaufre

Dupont-Aignan : Une pet de nonne

Hollande : (C’est trop facile !) Un flan, oui, mais un flan Dukan !

Arthaud : Du bœuf Stroganof

Poutou : Des baisers au chocolat

Mélenchon : du Chou en cocarde

Cheminade : de la Jelly (verte de préférence)

Stay tuned pour davantage d’aventures présidentielles dans la journée !

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