Archives de Tag: culture

Du noir, du blanc et des couleurs

J’aime les albums aux graphismes simples, à la limite du dépouillement, et qui laissent le lecteur respirer.  Or, j’ignore si la technique a un nom, mais force est de constater que les albums jeunesse qui jouent sur le contraste entre le noir, le blanc et les couleurs, sont légion ces temps-ci. Ils se prêtent particulièrement bien à cette « légèreté » visuelle que j’affectionne, mais paradoxalement, je ne les aime pas très souvent.

La frontière entre simplicité et vide intersidéral est très glissante.

Parfois, le trait noir est trop épais, et « obscurcit » l’histoire au lieu de l’éclairer. Parfois aussi, le dessin est magnifique mais l’histoire faiblarde et cela n’a plus d’intérêt pour moi.

Mais de temps en temps, le résultat est superbe, tout en nuances, et ce jeu sur les contrastes sert parfaitement une histoire bien racontée.

P’tit Biscuit, Cécile Hudrisier c/o Didier Jeunesse

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J’ai craqué sur les graphismes épurés et pourtant réalistes de ce livre. Le blanc (légèrement crème, car en plus le papier est beau) domine largement mais les dessins très fins et minutieux ainsi qu’un texte très musical donnent un équilibre et une poésie remarquables à l’ensemble. Du coup, la page blanche elle-même fait partie du décor et l’on a l’impression de littéralement tenir un petit univers entre ses mains. Quant à l’histoire, c’est une reprise du célèbre conte anglo-saxon et elle finit de façon assez cruelle -pour mon plaisir- ce qui n’a pas semblé choquer le Bigorneau du haut de ses 2 ans et demi.

Un vrai coup de cœur pour cette histoire très joliment racontée et d’un très bel équilibre entre texte et image.

Plic Plac Ploc, Bushika et Maro c/o Didier Jeunesse

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Cet album est un cadeau et j’étais plus que sceptique devant le graphisme naïf et la légèreté du texte. Grossière erreur.

Un personnage coloré puis deux, suivis rapidement de toute une foule multicolore, s’amusent dans la pluie. Le texte est succint, beaucoup d’onomatopées et quelques phrases dont je n’avais pas saisi l’importance, un peu repoussée, je l’avoue, par l’apparente simplicité (en vrai, j’ai pensé niaiserie) de l’ensemble. Sauf qu’en fait, cet album est très malin car il reprend les passages clé de comptines sur la pluie (« tombe, tombe, tombe la pluie », « il pleut, il mouille »…) que je n’avais pas identifiées et qui sont un complément très fun, à la lecture, aux onomatopées que mon fils adore prononcer.  On alterne les splitch, les splotch, et les fredonnements, c’est sympa. Là encore, on démarre sur une page très blanche qui se remplit peu à peu de couleur, tourbillonne, puis vire au noir quand la pluie s’intensifie et que la gadoue s’installe.

Le Bigorneau semble retrouver le même plaisir qu’il a à sauter à pieds joints dans les flaques d’eau. De préférence boueuses, sinon c’est moins drôle.

Le tapir aux pas de velours, Kim Han-Min c/o Cambourakis

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Bien que le graphisme soit très différent, cet album ressemble beaucoup à celui de petit biscuit. On y trouve un jeu sur les sons important, pour raconter les déambulations discrètes de nos petits tapirs, un voyage donc, et un beau papier crème ! Le noir est beaucoup plus présent ici, cependant pas étouffant, car l’auteur joue également sur les nuances de couleur. Après, certains seront sûrement allergiques au style asiatique du dessin mais le dessin est tout de même très moderne et l’histoire fort mignonnette.

Extra Doux, Barnett et Klassen c/o Milan

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Last but not least, tout frais acheté de ce matin, cet album va sûrement rester un chouchou au même titre que P’tit biscuit. Annabelle trouve un jour une boîte remplie de fil multicolore et commence à colorer le monde, bien triste, qu’elle habite. La couleur envahit donc la page petit à petit, même si le sombre n’est jamais très loin. C’est beau et c’est même parfois drôle car Annabelle tricote des pulls pour tout et tout le monde. Là encore, le Bigorneau l’a adopté à la première lecture.

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Les éditeurs français sont-ils des boulets ?

Ceci est une liseuse

Ou alors, les finesses de l’édition m’échappent complétement.

Je suis passée du côté obscur de la force et suis donc, depuis peu, l’heureuse propriétaire d’un Kindle touch. Vous savez, l’énorme succès d’Amazon, la liseuse à encre électronique. et j’en suis très contente, là n’est pas l’objet de cet article. Je ne rentrerai pas non plus dans le débat sur le tort que le livre électronique cause aux librairies indépendantes.

Le problème, ici, ce n’est pas le Kindle, mais l’offre de livres en français qui est proposée pour ce support.

Petit historique :

Le Kindle a été lancé aux États-Unis en 2007, et la version internationale de l’appareil est disponible depuis 2009 dans plus de 100 pays. Les chiffres ne sont pas disponibles, mais ça doit représenter un beau paquet de ventes. Des millions, sûrement.

Il est arrivé en France en 2011 pour la version de base et en 2012, pour la version Touch. Les éditeurs français n’ont donc pas été pris par surprise et avaient tout le temps de se préparer à la demande qui s’annonçait, vu le succès ailleurs. Et pourtant, il suffit que je regarde le catalogue français disponible pour que ça me mette en rogne.

Les prix

En grande naïve que je suis, j’ai pensé que j’allais faire des économies en achetant des ebooks en place du traditionnel livre papier. Que nenni ! Les ebooks français sont souvent aussi chers que la version papier, si ce n’est plus !

Petits exemples à l’appui :

Prenons quelques très bonnes ventes, disponibles en poche, d’époques, de lieux et d’horizons divers.  Accrochez-vous bien, c’est à n’y rien comprendre.

   

L’étranger, Albert Camus :      Et si c’était vrai, Marc Lévy :     Ça, tome 1, Stephen King :

ebook : 5,49 eur.                             ebook : 9,99 eur,                           ebook : 16,99 eur,

poche: 5,04 eur.                               poche : 5,80 eur                            poche : 7,69 eur

Et ce ne sont malheureusement pas des exceptions ! L’ebook est très souvent plus cher que la version papier. Il va falloir m’expliquer comment, parce que même si Amazon prend une commission importante, il me semble que les frais pour l’éditeur sont quand même sacrément réduits, non ?

Comment Albin Michel justifie-t-il de vendre son ebook au prix d’un broché ? Il me semblait que l’attrait d’un broché était dans l’objet, son format, la qualité de son papier. On payait aussi la nouveauté. Mais là, rien de tout ça ! Ils nous prennent vraiment pour des truffes s’ils pensent qu’on va accepter de débourser autant. Et hop, une vente qui ne se fera pas. Je déteste qu’on se paie ma poire en espérant que je ne remarque pas.

Le choix

Misère, misère ! Qu’il est indigent ce catalogue français. Si vous aimez la chick-lit ou la bit-lit, les nouveautés grand public, vous trouverez peut-être votre bonheur. Mais essayez de trouver une oeuvre de plus de 2-3 ans, traduction ou non, et c’est le désert. Le mot mansucrit n’a jamais aussi bien porté son nom, puisqu’apparemment les éditeurs n’ont jamais rentré l’une de leurs oeuvres sous format numérique. C’est en tout cas la seule explication que j’ai trouvée à l’absence de 95% du catalogue de certains éditeurs au format numérique. C’est sûr que s’ils en sont à embaucher de pauvres stagiaires pour taper tous les petits romans de leur collection avec leur petites mimines, on n’est pas sortis de l’auberge…

Un petit panel de mes recherches et déceptions :

– Actes-Sud, Babel : Adios Paul Auster, Russel Banks, Nancy Huston and Co. Au mieux, vous trouverez le dernier roman, mais rien de plus ancien.

– L’oeuvre de Joyce Carol Oates est portée disparue, tout comme celle de Cormac McCarthy, Pete Dexter, Colum McCann, Hubert Selby Jr., Augusten Burroughs,  et là encore, 90% du catalogue 10/18 ou seuil.

Des solutions ?

Si vous lisez en français, et uniquement en français, il existe des solutions, mais à la limite de la légalité. Car, pour palier le manque d’offres sur certains titres, des blogs amateurs se sont montés sur le net afin d’offrir gratuitement les titres manquants. Leur argument légal ? Chacun a droit à une copie de sauvegarde d’un exemplaire papier qu’il possède déjà. Vous pouvez donc télécharger de nombreux romans chez La Team Alexandriz, ou encore sur ebooks-fr, mais ce n’est pas considéré comme du piratage à condition que vous soyez déjà propriétaire de l’œuvre. Honnêtement, j’y ai trouvé une offre bien plus alléchante que chez Mamazone…

Si vous lisez en anglais, vous n’avez aucun souci à vous faire, car les éditeurs d’outre-manche et d’outre-atlantique ne sont pas des petits bras frileux et recroquevillés sur eux-mêmes. Ils ont joué le jeu du livre numérique et ils fleurissent ! Le catalogue est riche et abordable. Eux, au moins, n’essaient pas de nous refourguer au prix fort un livre vieux de 10 ans et sorti en poche depuis 5. On trouve de tout, pour toutes les bourses, et même pour les plus percées.

D’ailleurs, ne manquez pas de visitez l’Offre éclair de Mamazone : tous les jours, une œuvre (roman, essai, BD…) est proposée pour la modique somme de 0.99 eur. C’est inégal, mais on peut tomber sur de petites perles à prix sacrifié. J’y ai acheté récemment, toujours en anglais, Coraline de N. Gailman, Simon’s cat 2, Perdido Street Station de China Mieville, The Help de K. Stockett, le 1er volume de la Trilogie Ender et bien d’autres.

A mettre en favoris et à consulter tous les jours.

Les éditeurs ont-ils peur que lancer un livre numérique sur le marché favorisera le piratage ? Certes, c’est sans doute une crainte fondée. Mais leur stratégie ne tient pas la route. S’ils ne sont pas capables d’offrir à leurs clients une offre décente, à des prix raisonnables, nous (enfin, je) irons chercher cette offre ailleurs. Et pourtant, je suis de celles et de ceux qui dépensent chaque mois des sommes importantes en produits culturels, essentiellement en livres. Je serais bien évidemment prête à payer pour mes ebooks en français, même si une offre illégale existait en parallèle.

Mais là, j’ai tellement l’impression d’être méprisée voire prise pour une idiote que ça me donne des envies de dissidence et me pousserait à ne plus lâcher un centime à ces maisons d’édition, par pur esprit de contradiction.

Messieurs les éditeurs, réagissez ou vous n’aurez bientôt plus que vos yeux et un portefeuille vide pour pleurer.

Addendum : SFReader a répondu à cet article sur son blog et il y apporte des précisions très intéressantes : Les éditeurs français ne sont pas des boulets

Sinon, pour un avis complet sur le Kindle Touch, lisez le très bon article de Ruerivard.

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« Si les candidats étaient « : portrait chinois pour vous aider à choisir

Petit jeu auquel vous avez tous joué enfant, ou récemment, y a pas d’âge. Normalement, c’est un autoportrait, mais il se trouve que je n’ai pas les candidats sous la main. Voici, en  tout objectivité, sans aucun parti pris, les réponses qu’ils auraient pu donner… Mais on n’est jamais trop prudent :

ÂMES POLITIQUEMENT SUSCEPTIBLES S’ABSTENIR

(Non, ce portrait ne penche pas du tout d’un côté.
C’est une illusion d’optique.
Objectif, j’ai dit. )

Si nos candidats étaient….

Un titre de film:

Sarkozy : Apocalypse Now

Le Pen : Au nom du père

Arthaud : Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes

Bayrou : Et au milieu coule une rivière

Mélenchon : Extension du domaine de la lutte

Poutou :  À la poursuite d’octobre rouge

Cheminade : Rencontre du 3ème type

Dupont-Aignan: Mon nom est personne

Joly : Titanic

Hollande : La grande bouffe

Un personnage de fiction :

Sarkozy : Rastignac,

Hollande : Bridget Jones,

Bayrou : Charles Bovary,

Marine Le Pen : Bellatrix Lestrange,

Poutou : Étienne Lantier,

Mélenchon : Toby Ziegler (The West Wing),

Joly : Caroline (la tortue dans Boule et Bill. La ressemblance est troublante)

Arthaud : Mafalda,

Dupont-Aignan : Thierry la Fronde,

Cheminade : Le professeur Tournesol

Des paroles de chanson :


Sarkozy : Les Poppys

« Non, non rien a changé
Tout, tout a continué
Hé ! Hé ! Hé ! Hé !

Et pourtant bien des gens
Ont chanté avec nous
Et pourtant bien des gens
Se sont mis à genoux
Pour prier, oui pour prier
Pour prier, oui pour prier
Mais j’ai vu tous les jours
A la télévision
Même le soir de Noël
Des fusils, des canons
J’ai pleuré, oui j’ai pleuré
J’ai pleuré
Qui pourra m’expliquer que… »,

Hollande : Jon Lajoie

« I am just a regular everyday normal guy…
Nothing special about me Mother Fucka
I am just a regular everyday normal guy…
When I go to the clubs I wait in line Mother Fucka
I am just a regular everyday normal guy…
I got 600 dollars In the bank Mother Fucka
I am just a regular everyday normal guy…
And my sexual performances is average »

Le Pen : Michel Fugain

« Elle est vivante, elle a encore
La haine au ventre, la rage au corps
La bête immonde

Qu’elle tourne au loin comme un vautour
Ou Rampe et ronge tout autour
La bête immonde

Depuis le temps qu’elle a fait le trou
De sa tanière grise
Là-bas, ici, partout
Au coeur de chacun de nous
Elle est l’enfant que la bêtise
A conçu avec l’ombre
La bête immonde »
Joly : Kana

« J’ai de petits problèmes dans ma plantation
Pourquoi ça pousse pas?

Moi, j’ai planté tomates et concombres.
Concombres ça pousse pas.
Alors moi, j’ai planté bien à l’ombre,
À l’ombre ça pousse toujours pas. »

Poutou : Les Fatals Picards

« Mon père était tellement de gauche
qu’à son mariage dans l’église
On chantait l’Internationale,
les femmes portaient des faux cils
Mon père était tellement de gauche
qu’on a eu tout plein d’accidents
Il refusait la priorité a droite, systématiquement »

Arthaud : Renaud

« Elle crèche cité Lénine
Une banlieue ordinaire
Deux pièces et la cuisine
Canapé, frigidaire
Préfèrerait habiter
Cité Mireille Mathieu
Au moins elle sait qui c’est
Pis c’est vrai qu’ça f’rait mieux
Sur les cartes de visite
Qu’elle utilise jamais
Ça mettrait du ciel bleu
Sur les quittances de gaz
L’en parlera au syndic
Si elle a une occase »

Mélenchon : Zebda

« Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
Ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne
Ohé, partisans ouvriers et paysans c’est l’alarme
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes

Motivés, motivés
Il faut rester motivés !
Motivés, motivés
Il faut se motiver !
Motivés, motivés
Soyons motivés !
Motivés, motivés
Motivés, motivés !

On va rester motivé pour le face à face
On va rester motivé quand on les aura en face
On va rester motivé, on veut que ça se sache
On va rester motivé…

On va rester motivé pour la lutte des classes
On va rester motivé contre les dégueulasses

Motivés, motivés… »

Dupont-Aignan : Gérard Lanvin

« On m’appelle le chevalier blanc
Je vais et je vole au secours d’innocents
Dans la campagne résonne la poudre
Je vais et vole plus vite que la foudre

Mon épée est prête à servir
L’ennemi n’a qu’à me tenir
De chacun je suis respecté
Du paysan au chevalier

On m’appelle le chevalier blanc
Je vais et je vole au secours d’innocents
Cents fois ma tête fut mise à prix
Jamais personne ne m’a pris

Ces soldats ne me font pas peur
J’ai pour moi la force et l’honneur
La justice guide mon bras
Jamais rien ne l’arrêtera »

Bayrou : Max Boublil et Luce

« T’es moyenne
Lalalalalala
T’es moyen
Lalalalalala
Mais j’ai pas fait le difficile
A 5h du matin

T’es moyen
Lalalalalala
T’es moyenne
Lalalalalala
J’aurai préférée trouver mieux
Mais tu me faisais de la peine »

Cheminade : Balavoine

« J’aurais voulu être un artiste
Pour pouvoir faire mon numéro
Quand l’avion se pose sur la piste
À Rotterdam ou à Rio
J’aurais voulu être un chanteur
Pour pouvoir crier qui je suis
J’aurais voulu être un auteur
Pour pouvoir inventer ma vie

J’aurais voulu être un acteur
Pour tous les jours changer de peau
Et pour pouvoir me trouver beau
Sur un grand écran en couleurs

J’aurais voulu être un artiste
Pour pouvoir être un anarchiste
Et vivre comme un millionnaire

J’aurais voulu être un artiste
Pour avoir le monde à refaire
Pour pouvoir dire pourquoi j’existe  »

Une phrase célèbre :

Hollande : « Veni, vidi, vici »

Sarkozy : »Au revoir » VGE

Le Pen : « Tant va la cruche à l’eau… »

Joly :   » Dans chaque ami, il y a la moitié d’un traître.  »

Bayrou : « Impossible n’est pas français »

Poutou : « L’espoir fait vivre »

Dupont-Aignan : « C’est encore plus beau lorsque c’est inutile »

Arthaud : « Révolte ! Révolte ! » (Kaamelott)

Mélenchon : « Ah, ça ira, ça ira, ça ira »

Cheminade : « bloubloubloublou » (La denrée)

Un truc qui se mange

Le Pen : Une tête de nègre

Sarkozy : Un soufflé

Bayrou : Une truffe

Joly : La gaufre

Dupont-Aignan : Une pet de nonne

Hollande : (C’est trop facile !) Un flan, oui, mais un flan Dukan !

Arthaud : Du bœuf Stroganof

Poutou : Des baisers au chocolat

Mélenchon : du Chou en cocarde

Cheminade : de la Jelly (verte de préférence)

Stay tuned pour davantage d’aventures présidentielles dans la journée !

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Le vote, c’est la vie ! – Alain Rey et moi (6)

Ce titre fort en bouche et légèrement racoleur,  pour vous annoncer qu’en cette veille de 1er tour, crucial pour les cinq années à venir, je me suis intéressée à l’histoire des mots des élections.

Candidat

Je me suis toujours demandée si les candidats avaient un rapport avec Candide. Vous savez, le niais de Voltaire, avec son jardin. Du coup, j’aime à imaginer nos 10 protagonistes avec un sourire idiot sur le visage et une très grande naïveté sur le monde. Folle que je suis. Certains doivent être aussi innocents que des loups dans la bergerie. Remarquez chez Voltaire aussi, on fait les pires horreurs au nom du bien, le tout avec une ingénuité troublante. y aurait-il quelque chose, alors ?

Non, le candidat vient bien de candide, mais de la couleur blanche, le candor latin. Parce qu’il est pur et innocent ? Ahahahahah.  Non, le candide est à l’époque classique celui qui brigue une fonction élective et pour se faire, se vêtit de blanc.

Prochaine élection présidentielle, on fait renaitre les soirées blanches d’Eddy Barclay. La classe.

Ballotage

Dans un autre genre d’idée reçue, j’ai toujours cru que lorsqu’il y avait ballotage, c’est parce que le sort ne savait de quel côté pencher, et que les candidats étaient promenés d’un côté puis d’un autre jusqu’à ce que des résultats clairs et décisifs ne tombent. Il se trouve, après enquête, que le ballotage n’ait absolument rien à voir avec le fait d’être secoué.

Ou avec le fait de se jeter des ballots de paille à la tête, comme le suggère Goscinny dans Le combat des chefs.

Remarquez, pourquoi nous parle-t-elle de ça ? On ne parle jamais de ballotage pour les élections présidentielles. Effectivement, mais c’est un tort. On a simplement admis qu’aucun candidat, même Poutou, n’aurait jamais la majorité absolue au 1er tour, et donc, les 2 meilleurs candidats sont donc théoriquement en ballotage au 1er tour. On ne le dit pas, c’est tout.

"Si les chefs sont de force égale, ils ont le droit de se jeter des ballots à la tête; on dit alors qu'ils sont en ballottage."

Ce ballotage-ci – ou ballottage – vient de la petite boule à voter, la ballotte, utilisée autrefois pour voter. Le ballotage est donc le vote par ballotte. Ce n’est que vers le XIXe qu’il prendra le sens plus restrictif du résultat négatif du 1er tour d’une élection.

L’anglais, comme souvent, en a gardé une trace puisque le verbe to ballot (voter) et le nom a ballot (un scrutin) sont encore utilisés aujourd’hui.

Président

Chon Chon, présidons !

Finissons en beauté en nous posant la bonne question : quelles qualités doit posséder notre président ?

Narcissisme, égoïsme, malhonnêteté, opportunisme, talonnettes ? Que nenni.

Si l’on en croit l’étymologie, la première qualité est la « préséance » :  le mot président est composé du latin prae « devant » et de -sidere « être assis, siéger ». Donc littéralement, c’est celui qui est assis devant.

En fait, le président est un peu là pour nous écraser, nous faire de l’ombre, soyons honnête. Il prend de la place quand on l’invite celui-là, voire même il vous passe devant aux caisses. N’en déduisez pas automatiquement que le président doit être vieux. Âgistes, va !

Et ne nous mentons pas en cette veille de grand jour, c’est bien pour qu’il s’assoie au 1er rang à côté d’Angela à votre place, et réponde aux questions des professeurs journalistes que vous l’élisez président, non ? Alors, ne vous plaignez pas quand il prend les meilleures places au théâtre ou au concert. Il a le droit, c’est écrit dans son nom.

Le verbe praesidere signifiant également « avoir la direction de, veiller sur, protéger ». Rien d’étonnant donc à ce que la fonction présidentielle soit un brin paternaliste. C’est l’étymologie qui l’a voulu. Et tous nos bons présidents savent qu’il ne faut pas jouer avec l’étymologie. (C’est marrant, y a des trucs qu’ils oublient moins que d’autres…)

Ce que je ne vous ai pas encore raconté et qui blesse mon petit cœur laïc et républicain, c’est qu’à l’origine, le terme désignait le chef d’une communauté religieuse, celui qui présidait une réunion de chrétiens. Quelle ironie quand on voit la multiplicité des confessions en France aujourd’hui.

Monsieur le futur Président, et si vous étiez aussi, voire surtout, le chef de ceux qui ne croient pas, en rien, que dalle, nada, des nèfles ? Ça ne simplifierait pas les choses ? Merci pour nous.

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Errare humanum est – Alain Rey et moi (5)

Qui n’a jamais découvert avec stupéfaction qu’il se trompait depuis des années sur l’orthographe d’un mot ou le sens d’une expression ? Parce que certains mots, on les voit tellement peu écrits, que l’erreur persiste parfois pendant des décennies.

Moi, par exemple, ce n’est qu’à l’âge de 18 ans environ, que j’ai appris que les petites boules de farine dans la pâte à crêpe ne s’appelait pas des poulouts, mais des…grumeaux ! Merci mamie qui parle breton sans m’en informer. Heureusement, ce n’est pas un mot que j’avais beaucoup l’habitude d’utiliser en société à l’époque.

Le pot aux roses

Tout ça est beaucoup moins drôle qu’une faute, j’en suis sûre très courante, et que m’a avoué avoir commise pendant des années mon cher et tendre.

Quand il entendait qu’on avait « découvert le pot aux roses », voici ce qu’il imaginait :

Ben oui, ça sonne pareil, non ?

Il faut dire que l’origine de cette expression n’est pas claire du tout, alors pourquoi pas imaginer que c’est un poteau rose qui était dissimulé plutôt qu’un pot aux roses ? A l’oral, rien ne permet de faire la distinction.

On trouve beaucoup d’explications quant à l’origine de ce pot aux roses et de sa découverte. Certaines, très séduisantes, seraient tout à fait romanesques comme celle de M. Rat pour qui le pot aux roses serait un pot de fleur contenant des roses et sous lequel se cache un billet doux.

Pour ma part, je m’en tiendrai à l’explication de mon très cher Alain Rey dans son Dictionnaire des expressions et locutions chez Robert. Et ça commence moins poétiquement : apparue au XIIIe, l’expression était XIVe et XVe siècles en concurrence avec découvrir le pot pourri. Les roses l’emporteront finalement.

Apparemment, il s’agirait d’une équivoque sur la polysémie de découvrir « soulever le couvercle » et « trouver( un secret) ». On renforce ensuite  l’expression par l’ajout de aux roses, évoquant une préparation particulièrement rare ou un secret.  Les valeurs érotiques de la rose, virginité, hymen, ne sont peut-être pas très loin. D’autant plus que le pot est lui-même souvent associé à la chose comme métaphore du derrière.

Quand on découvre le pot aux roses, on met généralement la main sur un secret bien juteux.

Tomber dans le panneau

Dans la famille des expressions qui n’ont , pour moi, aucun sens : Tomber dans le panneau. Si je comprends tout à fait ce qu’elle signifie, je ne vois pas :

a) Comment on tombe dans un panneau, à moins d’avoir 3 grammes dans chaque poche, et encore…

b) En quoi tomber dans un hypothétique panneau a un rapport avec un quelconque piège.

Et c’est là qu’Alain, une fois de plus, intervint et me sauva de l’ignorance. Que ferais-je sans cet homme ?

D’abord utilisé sous la forme pannel, pour désigner un morceau d’étoffe en couture, le mot passe dans le vocabulaire de la chasse. En 1283, il désigne un morceau de filet tendu utilisé pour capturer le gibier !

Et tout à coup, c’est clair comme de l’eau de vie : quand on tombe dans le panneau, c’est qu’on s’est fait eu comme un crétin d’animal.

Je suis sûre qu’on a tous un palmarès honteux, qui remonte généralement à notre tendre enfance, alors n’hésitez pas à m’en faire part !

Pour vous mettre en confiance, je peux vous avouer que c’est mon chéri qui m’a appris, la vingtaine passée, qu’il n’y avait vraiment aucun risque de rester coincé si on louchait en même temps qu’un courant d’air passait. C’est dire si vous pouvez tout dire sans crainte, ici…

Je vous donne rendez-vous samedi et dimanche :  le week-end présidentiel, c’est aussi sur Le coin de ma page !

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