Archives de Tag: étymologie

Le vote, c’est la vie ! – Alain Rey et moi (6)

Ce titre fort en bouche et légèrement racoleur,  pour vous annoncer qu’en cette veille de 1er tour, crucial pour les cinq années à venir, je me suis intéressée à l’histoire des mots des élections.

Candidat

Je me suis toujours demandée si les candidats avaient un rapport avec Candide. Vous savez, le niais de Voltaire, avec son jardin. Du coup, j’aime à imaginer nos 10 protagonistes avec un sourire idiot sur le visage et une très grande naïveté sur le monde. Folle que je suis. Certains doivent être aussi innocents que des loups dans la bergerie. Remarquez chez Voltaire aussi, on fait les pires horreurs au nom du bien, le tout avec une ingénuité troublante. y aurait-il quelque chose, alors ?

Non, le candidat vient bien de candide, mais de la couleur blanche, le candor latin. Parce qu’il est pur et innocent ? Ahahahahah.  Non, le candide est à l’époque classique celui qui brigue une fonction élective et pour se faire, se vêtit de blanc.

Prochaine élection présidentielle, on fait renaitre les soirées blanches d’Eddy Barclay. La classe.

Ballotage

Dans un autre genre d’idée reçue, j’ai toujours cru que lorsqu’il y avait ballotage, c’est parce que le sort ne savait de quel côté pencher, et que les candidats étaient promenés d’un côté puis d’un autre jusqu’à ce que des résultats clairs et décisifs ne tombent. Il se trouve, après enquête, que le ballotage n’ait absolument rien à voir avec le fait d’être secoué.

Ou avec le fait de se jeter des ballots de paille à la tête, comme le suggère Goscinny dans Le combat des chefs.

Remarquez, pourquoi nous parle-t-elle de ça ? On ne parle jamais de ballotage pour les élections présidentielles. Effectivement, mais c’est un tort. On a simplement admis qu’aucun candidat, même Poutou, n’aurait jamais la majorité absolue au 1er tour, et donc, les 2 meilleurs candidats sont donc théoriquement en ballotage au 1er tour. On ne le dit pas, c’est tout.

"Si les chefs sont de force égale, ils ont le droit de se jeter des ballots à la tête; on dit alors qu'ils sont en ballottage."

Ce ballotage-ci – ou ballottage – vient de la petite boule à voter, la ballotte, utilisée autrefois pour voter. Le ballotage est donc le vote par ballotte. Ce n’est que vers le XIXe qu’il prendra le sens plus restrictif du résultat négatif du 1er tour d’une élection.

L’anglais, comme souvent, en a gardé une trace puisque le verbe to ballot (voter) et le nom a ballot (un scrutin) sont encore utilisés aujourd’hui.

Président

Chon Chon, présidons !

Finissons en beauté en nous posant la bonne question : quelles qualités doit posséder notre président ?

Narcissisme, égoïsme, malhonnêteté, opportunisme, talonnettes ? Que nenni.

Si l’on en croit l’étymologie, la première qualité est la « préséance » :  le mot président est composé du latin prae « devant » et de -sidere « être assis, siéger ». Donc littéralement, c’est celui qui est assis devant.

En fait, le président est un peu là pour nous écraser, nous faire de l’ombre, soyons honnête. Il prend de la place quand on l’invite celui-là, voire même il vous passe devant aux caisses. N’en déduisez pas automatiquement que le président doit être vieux. Âgistes, va !

Et ne nous mentons pas en cette veille de grand jour, c’est bien pour qu’il s’assoie au 1er rang à côté d’Angela à votre place, et réponde aux questions des professeurs journalistes que vous l’élisez président, non ? Alors, ne vous plaignez pas quand il prend les meilleures places au théâtre ou au concert. Il a le droit, c’est écrit dans son nom.

Le verbe praesidere signifiant également « avoir la direction de, veiller sur, protéger ». Rien d’étonnant donc à ce que la fonction présidentielle soit un brin paternaliste. C’est l’étymologie qui l’a voulu. Et tous nos bons présidents savent qu’il ne faut pas jouer avec l’étymologie. (C’est marrant, y a des trucs qu’ils oublient moins que d’autres…)

Ce que je ne vous ai pas encore raconté et qui blesse mon petit cœur laïc et républicain, c’est qu’à l’origine, le terme désignait le chef d’une communauté religieuse, celui qui présidait une réunion de chrétiens. Quelle ironie quand on voit la multiplicité des confessions en France aujourd’hui.

Monsieur le futur Président, et si vous étiez aussi, voire surtout, le chef de ceux qui ne croient pas, en rien, que dalle, nada, des nèfles ? Ça ne simplifierait pas les choses ? Merci pour nous.

Publicités
Tagué , , , , , ,

Errare humanum est – Alain Rey et moi (5)

Qui n’a jamais découvert avec stupéfaction qu’il se trompait depuis des années sur l’orthographe d’un mot ou le sens d’une expression ? Parce que certains mots, on les voit tellement peu écrits, que l’erreur persiste parfois pendant des décennies.

Moi, par exemple, ce n’est qu’à l’âge de 18 ans environ, que j’ai appris que les petites boules de farine dans la pâte à crêpe ne s’appelait pas des poulouts, mais des…grumeaux ! Merci mamie qui parle breton sans m’en informer. Heureusement, ce n’est pas un mot que j’avais beaucoup l’habitude d’utiliser en société à l’époque.

Le pot aux roses

Tout ça est beaucoup moins drôle qu’une faute, j’en suis sûre très courante, et que m’a avoué avoir commise pendant des années mon cher et tendre.

Quand il entendait qu’on avait « découvert le pot aux roses », voici ce qu’il imaginait :

Ben oui, ça sonne pareil, non ?

Il faut dire que l’origine de cette expression n’est pas claire du tout, alors pourquoi pas imaginer que c’est un poteau rose qui était dissimulé plutôt qu’un pot aux roses ? A l’oral, rien ne permet de faire la distinction.

On trouve beaucoup d’explications quant à l’origine de ce pot aux roses et de sa découverte. Certaines, très séduisantes, seraient tout à fait romanesques comme celle de M. Rat pour qui le pot aux roses serait un pot de fleur contenant des roses et sous lequel se cache un billet doux.

Pour ma part, je m’en tiendrai à l’explication de mon très cher Alain Rey dans son Dictionnaire des expressions et locutions chez Robert. Et ça commence moins poétiquement : apparue au XIIIe, l’expression était XIVe et XVe siècles en concurrence avec découvrir le pot pourri. Les roses l’emporteront finalement.

Apparemment, il s’agirait d’une équivoque sur la polysémie de découvrir « soulever le couvercle » et « trouver( un secret) ». On renforce ensuite  l’expression par l’ajout de aux roses, évoquant une préparation particulièrement rare ou un secret.  Les valeurs érotiques de la rose, virginité, hymen, ne sont peut-être pas très loin. D’autant plus que le pot est lui-même souvent associé à la chose comme métaphore du derrière.

Quand on découvre le pot aux roses, on met généralement la main sur un secret bien juteux.

Tomber dans le panneau

Dans la famille des expressions qui n’ont , pour moi, aucun sens : Tomber dans le panneau. Si je comprends tout à fait ce qu’elle signifie, je ne vois pas :

a) Comment on tombe dans un panneau, à moins d’avoir 3 grammes dans chaque poche, et encore…

b) En quoi tomber dans un hypothétique panneau a un rapport avec un quelconque piège.

Et c’est là qu’Alain, une fois de plus, intervint et me sauva de l’ignorance. Que ferais-je sans cet homme ?

D’abord utilisé sous la forme pannel, pour désigner un morceau d’étoffe en couture, le mot passe dans le vocabulaire de la chasse. En 1283, il désigne un morceau de filet tendu utilisé pour capturer le gibier !

Et tout à coup, c’est clair comme de l’eau de vie : quand on tombe dans le panneau, c’est qu’on s’est fait eu comme un crétin d’animal.

Je suis sûre qu’on a tous un palmarès honteux, qui remonte généralement à notre tendre enfance, alors n’hésitez pas à m’en faire part !

Pour vous mettre en confiance, je peux vous avouer que c’est mon chéri qui m’a appris, la vingtaine passée, qu’il n’y avait vraiment aucun risque de rester coincé si on louchait en même temps qu’un courant d’air passait. C’est dire si vous pouvez tout dire sans crainte, ici…

Je vous donne rendez-vous samedi et dimanche :  le week-end présidentiel, c’est aussi sur Le coin de ma page !

Tagué , , , , , ,

Elle est où la poulette ? – Mes élèves sont hilarants 2

La poulette

En cette période d’œufs et de lapins de Pâques, il convient d’évoquer la double vie de la poulette.

Parce que, bêtement, quand on est moi – et vous, j’en suis sûre – une poulette, c’est une petite poule. Qui fait côt-côt, ou pas. Mais qui a des plumes, c’est imparable.

A la rigueur une poulette peut désigner une femme. Ce qui me fait penser qu’il faut que je vous parle un jour des magasins qui ne savent pas choisir leur nom. Comme « Chez Cocotte ». Parce qu’à moins d’avoir envie d’être fringuée comme une pute, j’éviterais d’y faire mes achats.

Pour en revenir à nos gallinacées, que ne fut ma stupéfaction d’entendre prononcer son nom lors d’un de mes cours. Qui généralement s’y prêtent peu.

« Madame, j’ai une poulette ! », s’exclama K.

Je clignai des yeux plusieurs fois et m’assurai rapidement qu’aucun volatile ne trainait dans les environs.

Une fois rassurée, mon neurone ne fit qu’un tour sur lui-même, et j’eus cette réaction dont toute la planète, depuis, m’envie l’éloquence :

« Hein ? »

 » J’ai une poulette, je peux pas écrire. »

   

Je vous laisse imaginer ce qui traversa ma petite tête quand j’eus compris qu’il n’y avait pas erreur de prononciation. Il était bien question de poulette.

Ce n’est que quand K. joignit enfin le geste à la parole – il craignait pour ma santé mentale –  que ses propos me parurent limpides.

Sur son doigt, trônait une superbe et blanchâtre ampoule, due sans aucun doute à un travail acharné à l’école (ahahah).

Ben oui, une petite ampoule, une poulette, quoi !

Régionalisme ? Inculture de ma part ? Pauvreté de mon patois ?

En tout cas, inutile de vous dire que j’étais la seule dans la salle à n’avoir jamais entendu cette expression…

Tagué , , , , ,

Ça gère la fougère – Mes élèves sont hilarants… de la Baltique

Ce n’est plus un secret avec un titre pareil, je suis prof. Et parfois, dans ce métier,   je m’instructionne grâce à mes élèves, dans la joie et la bonne humeur. Ils ont, notamment, enrichi considérablement ma connaissance de la langue française.

Ça gère, la fougère

C’est la dernière découverte en date. Et depuis que je l’ai entendue, spontanément utilisée par K. alors que je venais de lui apporter mon aide sur un épineux problème,  je n’ai cesse de la recaser dès que je peux.

« Waouh, ça gère la fougère, madame ! », furent ses mots exacts. Et moi de m’esclaffer.

Cela m’a pris quelques minutes avant de réaliser qu’il n’y avait aucun rapport  entre une quelconque gestion de situation et la plante. Je m’imaginais K., perdu en forêt, en train de trier des feuilles de fougères pour réaliser un herbier, ordonné et étiqueté, mais ça ne collait vraiment pas.

Tout est dans le plaisir de l’allitération !

J’ai même cru que K., amoureux des mots, avait inventé cette expression, hautement improbable. Mais il aurait fallu savoir ce qu’était une fougère. On a beau habiter la campagne, on a des principes, comme celui de ne jamais s’approcher d’un truc vert, de près ou de loin. Sauf si ça se fume.

J’ai donc fait appel à mon ami Google qui m’a confirmé son existence dans des contrées plus éloignées, géographiquement et temporellement (expression ajoutée au dico-des-mots en 2007 !). Il aura tout de même fallu 5 ans pour que l’expression parvienne jusqu’à nous.

L'attaque de la fougère mutante

Qu’est-ce donc que ça signifie donc ?

« Ça gère, la fougère » est l’exact synonyme du simple et beaucoup moins élégant « Ça gère », et la version pécaille (péquenot + racaille) du plus citadin « Ça gère, l’étagère ».

Les pécailles normandes adapteront l’expression grâce à un élégant « Ça gère, le camembert », les alsaciens préfèreront le « Ça gère le munster », digne hommage à leur région. Et si vous êtes plus versé dans la plante à fleurs, choisissez le « Ça gère la primevère », comme variation printanière.

Y a pas à dire, la jeunesse a le sens de la poésie et de la musique des mots. Quelle créativité !

NB : Ça gère la fougère a bien évidemment sa page Facebook pour pouvoir s’exprimer. Non mais oh, j’en vois parmi vous qui, en vieux cons réactionnaires, étaient prêts à la censurer ! Sales vieux !

La prochaine fois, je vous parlerai de la poulette. Elle est où la poulette ?

Tagué , , , , ,

Alain Rey et moi (4) – Chippendale, Gypsy Kings et Bikini

Précédemment dans Alain Rey et moi, Coffee perçait le mystère du très énigmatique Rambo, clone insoupçonné d’Arthur Rimbaud. Depuis, elle s’interroge : dans quel monde vit-on ? Les choses sont-elles vraiment ce que l’on croit ? Hein, je vous le demande, moi !

On utilise parfois sans le savoir, et sans même leur avoir demandé leur avis, le nom de famille de certaines personnes pour désigner des objets. C’est ce qu’on appelle un éponyme. Mot qui, replacé à bon escient dans une conversation, peut vous rapporter respect, gloire et beauté en société. Ne me remerciez pas.

La majorité des éponymes renvoient au créateur (ou promoteur) qui leur a légué son nom. C’est le cas de la célèbre guillotine du Docteur Guillotin qui ne la créa pas tant qu’il en fit la promotion. On pense également au hachis parmentier ou à la poubelle pour les plus célèbres. Mais d’autres ont été oubliés.

Par exemple, si vous achetez un chippendale, voici avec quoi vous pourriez vous retrouver :

= =

Voire même ça, si vous aimez le style SMS Walt Disney :

Mais comment que cela se fait-il ? Quel est le point commun entre tous ces chippendales ?

M. Thomas Chippendale, ébéniste de son état, a donné son nom aux meubles qu’il a inspirés, ainsi qu’aux célèbres strip-teasers Chippendales, construits comme les buffets auxquels ils rendent hommage, et qui ont eu tellement de succès que leur nom est devenu générique. Quant aux mignons petits écureuils, Tic et Tac, leur nom serait un jeu de mots sur le nom du sus-mentionné inventeur de meubles.

Crazy (horse), isn’t it ?

Autre éponyme, lié non pas au créateur, mais à l’origine géographique : les Gypsy Kings sont… Égyptiens !

Ben oui, quand les premiers gitans (gypsy in english) sont arrivés en Europe, on a cru qu’ils arrivaient d’Égypte à cause de leur langue étrange et de leur carnation. Les égyptiens sont donc devenus « gitains »puis « gitans », tandis que les « egyptians » se transformaient en « gypcians » puis en « gypsy ».

un égyptien

=

des Gypsy kings

On citera enfin le bikini, invention explosive, qui doit son nom à une île du Pacifique où eurent lieu les premières expériences atomiques américaines. Une femme en bikini était sensée faire autant d’effet que ladite bombe.

=

Attention à ne pas se laisser piéger toutefois, le daltonisme n’a rien à voir avec Joe ou Averell Dalton, ou même Ma qui n’y voit pourtant pas très clair, mais avec le Dr John Dalton qui décrivit ce trouble en 1794.

Tagué , , ,
%d blogueurs aiment cette page :