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Falaises d’Olivier Adam

falaises« Tiens, tu ne l’as pas déjà lu, ce bouquin ? » s’étonne mon cher et tendre. Pas du tout, pas encore. Mais il a raison, ce roman a tout d’une mélodie familière.

Falaises est un récit à la première personne. Et cette première personne, Olivier, semble une vieille connaissance. C’est comme s’il était assis à côté de vous, un verre à la main, une clope de l’autre, et vous murmurait les mots qui tissent sa vie. Les falaises d’Étretat aujourd’hui et hier. Le point de départ et d’arrivée: le suicide de la mère, il y a 20 ans, à Étretat. Mais aussi le grand frère Antoine, Lorette, Nicolas, Léa et toutes ces âmes perdues, compagnons de désespoir, qui l’ancrent dans la vie et l’empêchent de passer par-dessus bord. Tous ces mots qui disent la peur, la solitude, le manque, vous emportent de l’Ouest à l’Est, du présent au passé. Le sac et le ressac. Et on y laisse à chaque vague un peu de peau sur le sable. Mais ce n’est rien car cette voix si apaisante et familière, le verre d’une main, la clope de l’autre, vous enveloppe et vous maintient à flot.

Alors oui, mon chéri, ce roman je l’ai déjà lu. Olivier – Adam ou non – m’a déjà chanté son histoire même si les faits et héros en étaient différents. J’ai lu Les Lisières et Je vais bien, ne t’en fais pas. Et je connais donc Olivier, quelque soit son nom.

Falaises est une petite perle, une variation sur le même thème, une chanson triste et douloureuse qu’on aime fredonner car on sait qu’elle guérit les plaies les jours de tempête. Mon chéri dirait sûrement que c’est un roman de dépressif pour dépressif. Peu importe, les mots y sont trop joliment égrainés pour être ignorés.

«   J’ai trente et un ans et ma vie commence. Je n’ai pas d’enfance et, désormais, n’importe laquelle me conviendra. Ma mère est morte et tous les miens s’en sont allés. La vie m’a fait une table rase où Claire et moi nous nous asseyons, où Chloé s’est invitée, un sourire très doux au coin des lèvres. 
  J’ai trente et un ans et ma vie commence ainsi, perdue dans la nuit maritime. Derrière moi, à peine plus concrètes que des ombres, moins denses qu’un peu de fumée, Claire et Chloé me regardent, la plus petite au creux de la plus grande, toutes deux figées dans le silence de !a chambre d’hôtel. Claire me sourit puis se rendort, et leurs respirations se confondent. 
  Ici la nuit est profonde et noire de monde. Ma mère marche sur la lande, comme une fée somnambule. Antoine et Nicolas, Lorette et les autres dansent autour des flammes, les yeux clos et le visage tendu vers le ciel. Léa se tient tout au bord, sur la pointe des pieds comme sur un fil, à deux doigts du vide, funambule, équilibriste. »

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Millenium yum yum !

Millenium, Steg Larsson

J’aime lire les œuvres à succès après tout le monde. Ou pas du tout, d’ailleurs, la plupart du temps. Je me méfie. C’est mon esprit de contradiction. Mais Actes Sud a bien fait son travail : ces couvertures me faisaient de l’œil depuis un petit moment, et j’ai finalement sauté le pas. Et je n’ai (presque) pas été déçue.

Je ne suis pas une grande consommatrice de polars, n’avais jamais lu d’auteur suédois et j’ai découvert à la lecture du 1er tome un univers totalement dépaysant et en décalage avec mes attentes du genre.

Le journaliste Michael Blomkvist accepte d’enquêter, pour le compte d’un vieil entrepreneur millionnaire, sur une affaire familiale qui hante ce dernier depuis des années. Il part donc s’installer, loin du scandale médiatique qui accompagne sa récente condamnation pour diffamation, chez le vieillard afin de fouiller dans l’opaque passé de la famille.

Le rythme des Hommes qui n’aimaient pas les femmes est lent, l’intrigue prend son temps comme ralentie par le climat suédois, et il faut du temps pour que les personnages se révèlent à vous. Rien que les noms et les lieux traversés, complètement exotiques pour l’inculte que je suis, créent une mélodie hypnotique -certains diront soporifique- et très vite, on ne peut plus poser le roman. On s’approche davantage du huis-clos familial oppressant que du polar américain, rapide, glauque et sanglant . En tout cas au début, car le rythme, inévitablement s’accélère, et l’on est emporté dans un tourbillon d’évènements qui ne cessent de nous surprendre. Bref, un excellent moment.

C’est avec plaisir qu’on retrouve nos héros dans le second tome de la trilogie, La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumettemême si le charme glacé de la campagne suédoise laisse place à un univers urbain plus conventionnel. Le rythme est bien plus soutenu, la lecture toujours aussi addictive, mais l’intrigue, toujours très bien ficelée et efficace, prend de l’ampleur géographiquement et va fouiller du côté de la mafia et du complot. Des thèmes plus classiques donc, mais impossible là encore de faire une pause, suspendue au destin rocambolesque des personnages. L’univers a perdu de son originalité, mais le rythme est haletant et les héros attachants.

Quant au dernier tome, La Reine dans le palais des courants d’airje serai brève, car la seule raison qui m’a poussée à le terminer est le lien créé avec les deux héros de cette trilogie. Mais pourtant, cet opus m’a profondément déçue et ennuyée. La trilogie suit une évolution, certes inévitable, mais qui s’éloigne trop de ce qui faisait son charme et son originalité initiaux.

Les beaux yeux de Daniel Craig attendront encore un peu, je ne suis pas du tout tentée par une adaptation. J’ai tort ?

Ready Player One : Harry Potter chez les geeks

Mes lectures sont assez éclectiques. Du classique, du moderne, de la fantasy, de la litté jeunesse. Je vais là où l’inspiration du moment me pousse, pas toujours de façon très heureuse, mais c’est le jeu. Si je préfère les longs romans profonds qui font durer le plaisir, je ne crache pas sur un petit livre léger, sans prétention, qui me fera passer un moment. Et c’est le cas de Ready Player One, un ebook anglais, acheté sur les offres éclair Mamazone, et dans une moindre mesure, du Livre sans nom dont je vous parlerai prochainement.

Ready Player One est le récit de Wade Owen Watts dit Parzival, orphelin autodidacte qui survit comme il peut dans une civilisation en déchéance de l’an 2044. Le monde est alors au bord de l’auto-destruction (famines, manque de ressources, pauvreté…) et toute la population mondiale se réfugie, de Tokyo à New York, en passant par Le Caire ou Buenos Aires, dans une immense réalité virtuelle: OASIS.

Et quand le génial inventeur de ce « jeu »,  James Halliday, décède sans héritier, commence alors une immense « egghunt » (littéralement chasse à l’œuf) à l’intérieur d’OASIS. 3 clés pour ouvrir 3 portes. La récompense ? La fortune de Mister Halliday et avec elle une partie du contrôle de l’univers d’OASIS. Mais trouver l’œuf nécessite une bonne de patience, mais surtout une culture infaillible sur les passions de Halliday : jeux vidéos, cinéma, séries télé ou musique.

Wade sera le premier à voir son nom s’inscrire sur le tableau des scores. Et c’est là que démarrent les ennuis…

Quel rapport avec Harry Potter, me direz-vous ? Eh bien, hormis le fait que tous deux partagent une existence solitaire et misérable au début du roman, ils ont également de nombreux traits de caractère communs : la générosité, l’ingéniosité, le courage et un sens aigu de la justice et de la différence entre le Bien et le Mal. De plus, les obstacles auxquels Parzival sera confronté vont vite prendre une tonalité épique -l’egghunt a des enjeux bien plus importants que le simple gain pécuniaire- à travers 3 épreuves. Et seul, il ne s’en sortira pas : il aura lui aussi besoin de son Hermione et de son Ron.

Pas de Lord Voldemort ici, mais une multinationale prête à tout pour avoir la main mise sur OASIS et le dépouiller de son âme.

Pas de magie ou de sorcellerie non plus, mais à la place, des références à toute la pop culture des années 80 : de Pac-Man à Blade-runner, des Goonies à Swordquest, de Highlander à INXS. C’est un univers de gamers, avec ses codes, son vocabulaire. Un univers familier à ceux qui comme moi, ont possédé un Amiga 500, ont entré leurs premières lignes de code sur un Atari, et ont pratiqué les MMORPG.

Je conçois que ça ne plaise pas à tout le monde, mais au-delà du plongeon en enfance, le récit est rythmé, varié et les personnages, bien qu’assez jeunes, sont sympathiques et attachants. Bien sûr, on tombe souvent dans la caricature quand on évoque le « méchant » de l’histoire, mais on lui pardonne vite car il a le mérite d’être intéressant et de bien servir l’intrigue.

Si l’univers est original, les ficelles narratives le sont beaucoup moins – il y a un vrai arrière-goût d’Harry Potter pas désagréable – mais elles sont efficaces. On peut critiquer le style ou le manque de profondeur de l’intrigue, mais je vous rappelle que c’est classé litté jeunesse. Cela ne m’a en tout cas pas empêchée de me prendre au jeu : je ne me suis pas ennuyée une seconde.

Pas besoin d’un grand niveau en anglais pour en profiter, mais si vous êtes allergique à la technologie et au monde vidéoludesque en général, passez votre chemin. Si ce n’est pas le cas, Ready Player One est un bon petit roman à lire sur la plage cet été, tout en savourant un Raider ou des Treets !

(Vous vous sentez l’âme d’un chasseur d’œuf ? Ernest Cline a lancé sa propre chasse, inspirée de son livre, sur son site. Le prix ? Une Delorean, la voiture de Retour Vers le Futur !)

BONUS : Traduction maison des premiers paragraphes.

 » Tous ceux de mon âge se rappellent où ils étaient et ce qu’ils faisaient quand ils ont entendu parler du concours pour la première fois. J’étais dans ma planque à regarder des dessins animés quand les infos ont interrompu mon flux vidéo, annonçant la mort de James Halliday durant la nuit.

Je connaissais Halliday, bien sûr. Comme tout le monde. Il était le concepteur de jeux vidéo à l’origine d’OASIS, un jeu en ligne massivement multijoueurs qui s’était progressivement transformé en une réalité virtuelle en réseau, à l’échelle mondiale, que la majorité de l’humanité utilisait désormais quotidiennement. Le succès sans précédent de l’OASIS avait fait d’Halliday l’un des hommes les plus riches du monde.

 Au début, je n’ai pas compris pourquoi les médias faisaient un tel foin de la mort du milliardaire. Après tout, les habitants de la Planète Terre avaient d’autres préoccupations. La crise persistante de l’énergie. Les changements climatiques catastrophiques. La généralisation de la famine, de la pauvreté et de la maladie. Une demi douzaine de guerres. Vous voyez : « Chiens et Chats couchant ensemble, l’hystérie collective ! ». Normalement, les infos n’interrompaient pas les sitcoms interactifs et les séries à l’eau de rose à moins que quelque chose de vraiment important se soit produit. Comme la propagation d’un nouveau virus mortel, ou encore une grande ville qui avait disparue dans un champignon de fumée. Des gros trucs comme ça. Malgré sa célébrité, on n’aurait du consacrer à la mort d’Halliday qu’une courte annonce aux nouvelles du soir, afin que les masses crasseuses secouent leurs têtes avec envie, à l’annonce de la somme obscène qui serait léguée aux héritiers du riche homme.

Mais le problème était là. James Halliday n’avait pas d’héritiers.« 

Titre original : Ready Player One

Langue: anglais

Éditeur : Cornerstone Digital

Genre : Science-Fiction, Anticipation

Thèmes : Culture pop, Virtuel, Jeux

Pages : 386

1re publication : 2011

Traduction : est forcément prévue, non ?

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American Darling – Russell Banks – Enfin une excellente lecture !

Quel livre ! Lu en trois jours, que dis-je, dévoré, tout cru, sans reprendre ma respiration. Ce roman est mon coup de coeur de l’année. J’y ai trouvé tout ce que j’aime et que je cherchais ailleurs depuis un petit moment : du style, des idées, une narration riche qui parle à mon coeur et à ma tête. Merci Monsieur Banks et merci Achille49 qui me l’a offert pour le Swap USA organisé sur Livraddict.

American Darling est le récit d’une femme -et quelle héroïne- écrit par un homme. Il nous promène à travers l’histoire de la seconde moitié du XXè siècle, des États-Unis au Liberia, en passant par le Congo. Le Liberia et les États-Unis, liés par l’Histoire, mais aussi par celle avec un petit h de notre narratrice, Hannah Musgrave.

Hannah Musgrave est une vieille femme quand elle débute son récit. Fermière bio dans un coin reculé des USA, son pays de naissance, elle décide un beau matin de retourner au Liberia, pays avec lequel elle semble avoir un lien profond. Ce sont les raisons de ce départ que nous découvrons en même temps que l’histoire torturée et tortueuse de ce personnage haut en couleurs.

Car Hannah Musgrave est une femme complexe, prise au piège de ses propres choix et contradictions. Elle est tour à tour féministe, activiste, mère, épouse, rebelle, soumise, amoureuse, cynique, égoïste. C’est une femme qui veut changer le monde, quel qu’en soit le coût pour elle et les siens. C’est une femme passionnée qui essaie de réconcilier sa vision du monde et la réalité de celui-ci. Et cela n’est possible qu’au prix de grands sacrifices et d’immenses souffrances.

Je ne veux pas trop vous en dévoiler car la découverte progressive des différentes facettes de ce personnage, des différentes époques de sa vie entre les deux continents, est un des grands plaisirs de cette lecture. Sachez seulement qu’on y apprend beaucoup sur l’activisme, le féminisme, la lutte pour les droits civiques, l’histoire du Liberia.

C’est un voyage humain et littéraire d’une richesse incroyable. Hannah Musgrave se livre sans concessions et ne cache jamais les parts d’ombre de son histoire. Sa froideur et son détachement en feront peut-être frémir certains.

L’écriture est fluide, un vrai flot de conscience, qui s’adapte parfaitement aux changements de lieux et d’époque, aux aller-retours de la mémoire d’Hannah, sans jamais semer son lecteur. Ce récit est une introspection, oui, mais le lien avec les évènements et la vie est tellement fort, qu’on ne sait plus qui modèle qui. Hannah est-elle un produit de son époque et de sa société ? Ou a-t-elle modelé sa vie et celle des autres à son image ?

Plusieurs semaines après la lecture, Hannah Musgrave ne m’a pas quittée, tout comme les questions qu’elle soulève sur la (im)possibilité d’être une femme libre.

(Par contre, si comme moi vous souhaitez lire d’autres Banks en français sur votre liseuse, vous pouvez vous brosser ! Mais vous trouverez au moins American Darling.)

Extrait de l’incipit :

« APRÈS BIEN DES ANNÉES où j’ai cru que je ne rêvais plus jamais de rien, j’ai rêvé de l’Afrique. C’est arrivé une nuit de la fin du mois d’août, ici, dans ma ferme de Keene Valley, pratiquement le lieu le plus éloigné de l’Afrique où j’aie pu m’installer. J’ai été incapable de me souvenir de ce que racontait ce rêve, mais je sais qu’il se déroulait en Afrique, au Liberia, dans ma maison de Monrovia. Les chimpanzés avaient dû y jouer un rôle, parce que des visages ronds et bruns semblables à des masques flottaient encore dans mon esprit quand je me suis réveillée bien à l’abri dans mon lit, dans cette vieille maison au milieu des monts Adirondacks. Et j’étais submergée par une évidence: j’allais bientôt y retourner. 

Mon retour n’était pas dicté par une décision consciente. Il s’agissait plutôt d’un pressentiment, peut-être d’une prémonition qui émergeait de la partie la plus noire de mon esprit au même rythme que les images du Liberia y dérivaient, s’y abîmaient, s’évanouissant dans ces eaux sombres où j’ai emmagasiné la plupart de mes souvenirs d’Afrique. Et non seulement d’Afrique mais des années terribles qui l’ont précédée. Quand on garde autant de choses secrètes aussi longtemps que je l’ai fait, on finit par se les cacher aussi à soi-même. C’était donc là que le rêve était allé, à l’endroit même où j’avais enfoui mes souvenirs oubliés du Liberia et des années qui m’y avaient conduite. Comme s’il s’agissait du secret de quelqu’un d’autre et que j’étais celle qui, plus que quiconque, ne devait pas en être informée. »

Titre original : The Darling

Langue: français

Éditeur : Babel – Actes Sud

Thèmes : Engagement, Féminisme, Amour, Idéaux, Liberté, Guerre

Pages : 570

1re publication : 2004, traduit en 2005

Adaptation : prévue au cinéma, réalisée par Scorsese avec Cate Blanchett.

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Faut-il changer la façon de choisir mes livres ? – Extrêmement fort et incroyablement près

Adapté si vite au cinéma ? Ça aurait du me mettre la puce à l'oreille...

Encore un livre acheté sur conseil de la blogosphère. Encore un livre qui me fait un-peu-mais-pas-trop chier. Encore un livre qui me déçoit. Encore un livre que tout le monde semble aimer, sauf moi.

Où vais-je ? Dans quel état j’erre ?

Soit je n’ai pas les mêmes goûts que la majorité et devrais donc m’abstenir de suivre ses conseils, soit j’ai un problème avec les romans sur le 11 Septembre (j’avais détesté L’homme qui tombe).

Je comprends le succès de ce roman, je ne dis même pas qu’il est usurpé, et dans d’autres circonstances, je l’aurais peut-être classé dans les bonnes lectures de l’été.

Mais là, c’est l’overdose.

J’ai trop de choses à leur reprocher, à lui et à ses compères. Car, l’histoire a beau être originale, j’ai une très forte impression de déjà-vu : lieu, style, époque, personnages me sont trop familiers.

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, vous n’avez pas encore jeté le moule ?

Extrêmement fort et incroyablement près, EFIP pour faire court, raconte comment Oskar, jeune-surdoué-handicapé-social-Asperger-que-c-est-original, essaie de vivre après la mort de son père dans les attentats du 11 Septembre. On le suit alors qu’il parcourt New York, de rencontre en rencontre, à la recherche de ce que peut bien ouvrir la clé qu’il a trouvée dans les affaires de son défunt père.

C’est émouvant, on y verse même des larmes de crocodile car c’est impossible de rester insensible à la détresse de ce petit garçon. Il a perdu son papa, il est triste, il en veut à sa mère, sa naïveté est touchante et il sait révéler le meilleur chez les gens qu’il rencontre. Quoi ne pas aimer ici ?

Eh bien tout ça, justement.

C’est mignon, c’est touchant, ça déborde de bons sentiments.

On sourit juste quand il faut, parce ça ferait mauvais genre de finir noyés dans ses propres larmes. Les remarques innocentes du petit Oskar font mouche à tous les coup, on note même une ou deux phrases bien tournées sur la vie à recaser au prochain diner en ville, tout est très réussi.

Et on finit par se faire chier.

L'Asperger a la côte au ciné, aussi

Parce que les romans dont le narrateur est un jeune garçon si intelligent et si incompris mais tellement poète et philosophe du monde qu’on a envie de le serrer très fort dans ses bras, ben j’ai l’impression que ma bibliothèque en est empli ces derniers temps.

2 surdoués en 2 mois, c’est trop.

Le filon est épuisé, les mécanismes connus, je n’arrive pas à être surprise et à ne pas hausser les yeux au ciel à chaque « originalité » de notre petit prodige.

Et puis les héros de moins 1m50, ça commence à m’ennuyer très profondément. C’est mignon, mais c’est niais. Y a rien à faire, j’ai envie de les claquer. Leurs problèmes ne sont définitivement pas les miens. Et tant mieux.

J’en ai marre de cette littérature de la facilité, qui se contente d’une intrigue originale, de deux-trois personnages attachants et consensuels, et ne prend aucun risque.

Aucun risque dans l’exploration des thématiques, dans la psychologie. Mais aussi aucun risque littéraire.

Il parait qu’il y a un style Jonathan Safran Foer.

Ah.

Quand Oskar s’exprime, j’entends la voix de tous les petits Asperger de la littérature contemporaine. Avec les mêmes tics, les mêmes supposés modes de pensée, les mêmes obsessions, les mêmes passions.

Euh, j’avais pas dit au début de l’article que tout n’était pas à jeter ?

Une belle couverture pour un titre à la con

Heureusement, une partie du récit m’a bien accrochée et c’est là que je me suis rendue compte que quelque chose clochait. Il s’agit de l’histoire du grand-père et de la grand-mère d’Oskar qui suit le récit du petit garçon en filigrane. Ce sont eux qui parlent à tour de rôle, et on assiste à une sorte de flux de conscience des personnages, leurs récits s’emmêlent et démêlent un passé douloureux et complexe. Et pour le coup, leur histoire d’amour est, elle, loin d’être niaise. Si j’avais été JSF, c’est cette histoire et elle seule qu’il m’aurait intéressé de raconter. C’est en tout cas les seuls passages que je qualifierais de Littérature, avec un grand L.

Le reste, c’est de la littérature jeunesse déguisée. J’aime beaucoup ça, parfois, mais là je pensais trouver quelque chose d’un peu plus profond et mature.

À me lire, vous allez penser que j’ai détesté ce roman et que je suis très snob, ce n’est pas le cas. En tout cas, pas pour le premier. Je n’ai pas passé un moment désagréable. J’ai juste réalisé à la lecture de cette histoire que ce type d’écriture n’est pas fait pour moi.

Ce n’est pas ce que je recherche quand j’ouvre un livre, et EFIP tombe très mal. Sur 8 romans lus cette année, 3 ont reçu des critiques dithyrambiques sur le net et tous les trois m’ont, à différents degrés, ennuyée. C’est beaucoup.

Un excellent roman avec des enfants, des parents et des grands-parents, réunis autour du 11 Septembre. Ça, c'est de la littérature.

J’ai besoin qu’un roman m’apporte un peu plus qu’un simple bon moment, aussitôt passé, aussitôt oublié. Et c’est valable aussi pour les purs divertissements. Toutes les lectures ne peuvent pas être impérissables, bien sûr, mais un roman n’est pas qu’une belle histoire joliment racontée et qui fait rire ou pleurer.

Arrêtez le pathos, les papas décédés et les petits enfants malheureux. Ça marche, oui, sur moi la première, véritable fontaine salée. Mais qu’est-ce que ça nous apporte finalement ?

Est-ce qu’on en sort changé ? Grandi ?

Est-ce que notre lecture va continuer à nous accompagner ?

A-t-elle été autre chose qu’un pur moment de loisir ? De consommation, oserais-je dire ?

Je sais bien qu’on ne lit pas tous pour ces raisons-là et je ne peux pas raisonnablement exiger de chacune de mes lectures de changer ma vie. Pourtant, je crois que les seules qui me satisfont sont celles qui tendent vers ça, qui essaient d’y parvenir, même maladroitement, même fugacement.

Je ne veux pas d’un pâle miroir de la vie. Je veux encore moins d’une copie de miroir de la vie.

J’ai besoin qu’une lecture parle à mon cœur, mais surtout à ma tête. J’ai besoin qu’elle ne secoue mes conceptions sur le monde et la vie, qu’elle me perturbe, qu’elle m’instruise, qu’elle me poursuive, qu’elle m’ouvre des horizons, qu’elle transforme le monde, qu’elle crée le monde.

Rien que ça.

Je ne suis pas exigeante.

Si ?

 
 
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