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Ready Player One : Harry Potter chez les geeks

Mes lectures sont assez éclectiques. Du classique, du moderne, de la fantasy, de la litté jeunesse. Je vais là où l’inspiration du moment me pousse, pas toujours de façon très heureuse, mais c’est le jeu. Si je préfère les longs romans profonds qui font durer le plaisir, je ne crache pas sur un petit livre léger, sans prétention, qui me fera passer un moment. Et c’est le cas de Ready Player One, un ebook anglais, acheté sur les offres éclair Mamazone, et dans une moindre mesure, du Livre sans nom dont je vous parlerai prochainement.

Ready Player One est le récit de Wade Owen Watts dit Parzival, orphelin autodidacte qui survit comme il peut dans une civilisation en déchéance de l’an 2044. Le monde est alors au bord de l’auto-destruction (famines, manque de ressources, pauvreté…) et toute la population mondiale se réfugie, de Tokyo à New York, en passant par Le Caire ou Buenos Aires, dans une immense réalité virtuelle: OASIS.

Et quand le génial inventeur de ce « jeu »,  James Halliday, décède sans héritier, commence alors une immense « egghunt » (littéralement chasse à l’œuf) à l’intérieur d’OASIS. 3 clés pour ouvrir 3 portes. La récompense ? La fortune de Mister Halliday et avec elle une partie du contrôle de l’univers d’OASIS. Mais trouver l’œuf nécessite une bonne de patience, mais surtout une culture infaillible sur les passions de Halliday : jeux vidéos, cinéma, séries télé ou musique.

Wade sera le premier à voir son nom s’inscrire sur le tableau des scores. Et c’est là que démarrent les ennuis…

Quel rapport avec Harry Potter, me direz-vous ? Eh bien, hormis le fait que tous deux partagent une existence solitaire et misérable au début du roman, ils ont également de nombreux traits de caractère communs : la générosité, l’ingéniosité, le courage et un sens aigu de la justice et de la différence entre le Bien et le Mal. De plus, les obstacles auxquels Parzival sera confronté vont vite prendre une tonalité épique -l’egghunt a des enjeux bien plus importants que le simple gain pécuniaire- à travers 3 épreuves. Et seul, il ne s’en sortira pas : il aura lui aussi besoin de son Hermione et de son Ron.

Pas de Lord Voldemort ici, mais une multinationale prête à tout pour avoir la main mise sur OASIS et le dépouiller de son âme.

Pas de magie ou de sorcellerie non plus, mais à la place, des références à toute la pop culture des années 80 : de Pac-Man à Blade-runner, des Goonies à Swordquest, de Highlander à INXS. C’est un univers de gamers, avec ses codes, son vocabulaire. Un univers familier à ceux qui comme moi, ont possédé un Amiga 500, ont entré leurs premières lignes de code sur un Atari, et ont pratiqué les MMORPG.

Je conçois que ça ne plaise pas à tout le monde, mais au-delà du plongeon en enfance, le récit est rythmé, varié et les personnages, bien qu’assez jeunes, sont sympathiques et attachants. Bien sûr, on tombe souvent dans la caricature quand on évoque le « méchant » de l’histoire, mais on lui pardonne vite car il a le mérite d’être intéressant et de bien servir l’intrigue.

Si l’univers est original, les ficelles narratives le sont beaucoup moins – il y a un vrai arrière-goût d’Harry Potter pas désagréable – mais elles sont efficaces. On peut critiquer le style ou le manque de profondeur de l’intrigue, mais je vous rappelle que c’est classé litté jeunesse. Cela ne m’a en tout cas pas empêchée de me prendre au jeu : je ne me suis pas ennuyée une seconde.

Pas besoin d’un grand niveau en anglais pour en profiter, mais si vous êtes allergique à la technologie et au monde vidéoludesque en général, passez votre chemin. Si ce n’est pas le cas, Ready Player One est un bon petit roman à lire sur la plage cet été, tout en savourant un Raider ou des Treets !

(Vous vous sentez l’âme d’un chasseur d’œuf ? Ernest Cline a lancé sa propre chasse, inspirée de son livre, sur son site. Le prix ? Une Delorean, la voiture de Retour Vers le Futur !)

BONUS : Traduction maison des premiers paragraphes.

 » Tous ceux de mon âge se rappellent où ils étaient et ce qu’ils faisaient quand ils ont entendu parler du concours pour la première fois. J’étais dans ma planque à regarder des dessins animés quand les infos ont interrompu mon flux vidéo, annonçant la mort de James Halliday durant la nuit.

Je connaissais Halliday, bien sûr. Comme tout le monde. Il était le concepteur de jeux vidéo à l’origine d’OASIS, un jeu en ligne massivement multijoueurs qui s’était progressivement transformé en une réalité virtuelle en réseau, à l’échelle mondiale, que la majorité de l’humanité utilisait désormais quotidiennement. Le succès sans précédent de l’OASIS avait fait d’Halliday l’un des hommes les plus riches du monde.

 Au début, je n’ai pas compris pourquoi les médias faisaient un tel foin de la mort du milliardaire. Après tout, les habitants de la Planète Terre avaient d’autres préoccupations. La crise persistante de l’énergie. Les changements climatiques catastrophiques. La généralisation de la famine, de la pauvreté et de la maladie. Une demi douzaine de guerres. Vous voyez : « Chiens et Chats couchant ensemble, l’hystérie collective ! ». Normalement, les infos n’interrompaient pas les sitcoms interactifs et les séries à l’eau de rose à moins que quelque chose de vraiment important se soit produit. Comme la propagation d’un nouveau virus mortel, ou encore une grande ville qui avait disparue dans un champignon de fumée. Des gros trucs comme ça. Malgré sa célébrité, on n’aurait du consacrer à la mort d’Halliday qu’une courte annonce aux nouvelles du soir, afin que les masses crasseuses secouent leurs têtes avec envie, à l’annonce de la somme obscène qui serait léguée aux héritiers du riche homme.

Mais le problème était là. James Halliday n’avait pas d’héritiers.« 

Titre original : Ready Player One

Langue: anglais

Éditeur : Cornerstone Digital

Genre : Science-Fiction, Anticipation

Thèmes : Culture pop, Virtuel, Jeux

Pages : 386

1re publication : 2011

Traduction : est forcément prévue, non ?

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Zoo City – Lauren Beukes

Je suis déçue, déçue, déçue. Zoo City, conseillé par tous, acclamé par la critique SF, s’annonçait comme un excellent roman de divertissement. On me l’avait présenté comme une nouvelle version de La croisée des mondes, en plus adulte, drôle d’amalgame. Et c’est là que j’aurais peut-être dû me méfier.

Zoo City se passe dans un Johannesburg post-appartheid, violent et inégalitaire. Et toute l’originalité du roman repose sur la raison de cette fracture. Un mal ronge l’Afrique en feu mais aussi le monde entier et le scinde en deux: soit vous êtes un criminel, un rebut de la société ou vous n’avez rien à vous reprocher, soit vous avez un familier ou vous n’en avez pas. C’est un peu une version modernisée de Le Bon, la Brute et le Truand, quoi.

Mais on n’est pas chez Clint, et ce familier – moineau, pingouin, paresseux – vous ne naissez pas avec, il vous tombe littéralement dessus : il est la preuve vivante de votre culpabilité. Et dès lors que vous l’acquérez votre vie change, les règles changent :

– Il meurt, vous mourez.

– Avec lui, vous « gagnez » un don, un pouvoir psychique.

Zinzi December est une héroïne comme on les aime : forte, indépendante, vive d’esprit, à la vie chaotique et désordonnée. Ancienne journaliste devenue droguée devenue meurtrière devenue Zoo/animalée, c’est elle qu’on suit dans les recoins les plus obscurs de cet univers.

Jusque là, c’est très prometteur, non ?

Eh bien, c’est là que réside le problème de cette lecture : elle m’a frustrée. Sur le papier, le potentiel est tellement riche, les idées tellement bonnes, que la réalisation, honnête mais très commune, m’a laissée sur le bord de la route.

Zinzi a un don assez sympathique : elle retrouve ce qui a été perdu. Jusqu’à présent, elle s’est limitée aux objets, mais le couteau placé sous la gorge par son ex-dealer, elle accepte de retrouver Song, une jeune chanteuse, pour son producteur. Et là, c’est le drame.

Ce fil narratif va certes nous permettre d’avoir un aperçu de la vie et des talents de Zinzi, d’avoir un goût de la ville et de la faune qui s’y cache. Mais on se concentre tellement sur cette histoire, au final inintéressante et sans rapport avec les autres thèmes soulevés, qu’on survole tout le reste.

Pourquoi se lancer dans une ennuyeuse histoire d’enlèvement quand on a tant de possibilités narratives ?

Pourquoi se concentrer sur ces enfants-chanteurs sans profondeur au détriment de Benoit, l’amoureux réfugié rwandais à la double vie, ou même D’Nice et Marabout, deux vilains à peine dépeints ?

Même quand la magie arrive de plein fouet dans la vie de Zinzi, à la fin du roman, ça tombe comme un cheveu sur la soupe. Pourtant, là encore, le potentiel est là car les rares scènes de magie sont réussies. De toutes façons, quand l’intrigue principale vous fait bailler, c’est mauvais signe.

Attention, c’est loin d’être un mauvais roman : on le lit en entier sans difficulté, l’originalité est là. Mais j’ai eu en permanence le sentiment d’être en décalage avec l’auteur. Elle m’emmène dans des directions qui m’ennuient -l’enquête policière, la course poursuite, la Pop musique- et délaisse celles qui m’apparaissaient vraiment dignes d’intérêt, et certainement beaucoup plus sombres. Parce que c’est bien joli, on parle drogue, meurtre, sexe, mais on n’en voit rien. Tout cela glisse sur les personnages, à peine croqués. La construction des personnages n’est pas le fort de Lauren Beukes: ils sonnent vide.

Au final, Zoo City est un bon roman… de Littérature Jeunesse ! La comparaison avec La croisée des mondes se limite à la présence des familiers : l’univers et l’écriture de Pullman sont bien plus à mon goût.

Je n’ai pas trouvé ici la complexité et la force auxquelles je m’attendais quand on parle morale, culpabilité, mort et survie.

You see in this world there's two kinds of people, my friend. Those with loaded guns, and those who dig. You dig.

 

 

Attention : ce roman est conseillé par SFX magazine, pas SEX magazine. Bande de pervers.

Titre original : Zoo City

Langue: français

Éditeur : Eclipse

Thèmes : Culpabilité, Violence, Mort, Survie

Pages : 344

1re publication : 2010, traduit en 2011

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Le chaos en marche – La voix du couteau

Avec un titre pareil, cette trilogie de littérature jeunesse était sûre de ne pas m’appâter. Et de toutes façons, cela faisait belle lurette que je ne lisais plus de Fantasy ou associé. Ennui et lassitude avaient eu raison de moi.

C’était sans compter sur H., ma chère documentaliste, qui faisant fi de mon ras-le-bol affiché pour ces histoires qui finissaient toutes par se ressembler, m’a prêté le 1er tome.

Et j’ai replongé.

En quelques pages, le mal était fait. J’ai lu d’une traite cette première partie d’une épopée, vraiment  originale.

Notre narrateur va avoir 13 ans (Oui, je sais, ça ne donne pas envie) et vit dans un univers post-apocalyptique qui fait froid dans le dos. Il est le plus jeune garçon du dernier village de son monde, village victime d’un virus qui aurait décimé toutes les femmes. Et comme si ce n’était pas suffisant, dans le genre malédiction, les pensées de chacun sont audibles, disponibles pour tous,  formant un brouhaha permanent, le Bruit.

Bref, un monde sympathique, joyeux et accueillant, où ce jeune homme se sent forcément très à l’aise. D’autant plus qu’il va rapidement s’apercevoir qu’on lui a toujours menti et qu’il a intérêt à fuir très vite. En même temps, même sans être menacé, c’est plutôt une bonne idée d’aller voir ailleurs.

C’est donc sa fuite effrénée -vers quoi ? toute la question est là- pour échapper à une menace obscure, que l’on suit tout au long de ce 1er volume.

Et c’est chouette, vraiment. Déjà, ce jeune homme a une drôle de façon de s’exprimer. Son orthographe est parfois approximative, ses mots sont déformés, voire inventés. Le rythme même de ses phrases est intrigant. Illettrisme ? Témoignage d’une certaine évolution de la langue ? Todd n’appartient clairement pas à notre univers.

Mais le meilleur, ce n’est pas cet adolescent en fuite, mais la galerie de personnages attachants ou carrément flippants que Patrick Ness pose sur son chemin. Du prêcheur fou Aaron, au maire de la ville, en passant par Ben le père adoptif ou la vieille Je-sais-plus-comment.

Il y a un savant dosage de suspense et d’action qui tient en haleine, le tout mâtiné d’un soupçon de violence. Alors certes, comme il s’agit de littérature jeunesse, le pessimisme et l’obscurité ambiants sont très vite nuancés par un message sur l’espoir, et des bons sentiments. Mais cela reste suffisamment discret pour ne pas gâcher ma lecture. Pas de grand discours niais pendant des pages, ça me convient. Et le héros, Todd, est parfois animé par de bien sombres pulsions et s’en mange, en retour, plein les dents.

Il me reste désormais à lire la suite. Mais j’avoue que j’ai peur d’être déçue.  Peur que sur la longueur cet univers s’épuise et que l’on retombe dans les topoï du genre.

En tout cas, j’ai hâte de voir où tout cela va nous mener, ce n’est pas tous les jours que des récits de littérature jeunesse réussissent encore à me surprendre.

Langue: français

Éditeur : Gallimard jeunesse

Catégorie : Jeunesse

Sous-catégorie : Dystopie

Thème : Civilisation

Pages : 528

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Je vous parle d’un temps

Autrefois, jadis, en ces temps reculés d’il y a bien longtemps que j’étais jeune et fringante comme le poney, j’étais TVshowphage. Pire, j’étais une fangirl*(cf la page Lexique) qui ne s’ignorait même pas.

De cette période, (Pfiou, c’était il y a au moins 5 ans !), je ne garderai que quelques titres forts parmi les nombreux matés/sous-titrés. Et l’un deux mérite d’être cité car plus personne n’en parle, et pourtant.

J’ai nommé, tadadada, suspense, pouet, tralala :

Battlestar Galactica

Des personnages complexes, imparfaits et donc profondément humains, une intrigue originale et bien ficelée (au moins jusqu’à la fin de la saison 3), une esthétique déconcertante. Un miroir dérangeant sur notre société, une réflexion sur la politique, la morale, les responsabilités collectives et individuelles, et sur notre humanité.

Parce qu'il y a des séries qui sont de petits chefs-d’œuvre...


Je ne l’ai bien évidemment pas découverte seule, faut pas déconner. Une série avec un nom pourri sorti tout droit des clichés SF des années 70 ? Avec des vaisseaux spatiaux ? Que nenni, fontaine, je ne mangerai pas de ton pain.

Et pourtant, il a suffi que mon chéri m’attache devant la mini série (indispensable pour entraver quoi que ce soit), et ce fut le coup de foudre. Mes préjugés étaient vaincus, je succombais.

Alors, les filles, ne faites pas la fine bouche car BSG, c’est tout sauf de la SF. Enfin si, mais sans les oreilles de Spok et les combinaisons argentées. Regardez au-dessus, ils sont beaux, non ? Enfin, non pas tous, loin de là. Et c’est aussi pour ça que j’aime cette série pleine de vieux, de vieilles, qui baisent, aiment, picolent, fument (des joints des fois), pètent les plombs, et de filles qui font des boulots de mecs, et qui baisent, aiment, picolent, fument (des joints des fois), pètent les plombs. Et y a du beau mâle. Faites-moi confiance.

Coffee©2011

N.B : L’illustration ci-dessus n’est point mienne. C’est la photo promo officielle de la 2nde partie de la saison 4, je crois.


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