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La guerre du bruit – Le Chaos en marche 3

Patrick Ness, écossais, lanceur de troncs

Je n’ai pas eu la patience d’attendre sa sortie en poche, le 20 Avril, alors Mamazone me l’a livré (balafré !) en broché et je l’ai lu d’une traite.

Mais voilà déjà une semaine que j’ai achevé le tome qui clôt donc la trilogie du Chaos en marche . Et toujours pas de billet. Strange, isn’t it? Pas tant que ça. D’autant plus que l’explication est simple: je n’ai pas grand chose à ajouter à mes précédentes chroniques.

Ce troisième et dernier volume est à l’image du reste de la trilogie et la clôt avec brio. Dès le départ, Patrick Ness savait exactement où il allait et ça se sent: son œuvre est cohérente et le fil se déroule à merveille. Pas de question en suspend, pas de doute ou d’ambiguïté, le destin de chaque personnage et de la faction qu’il représente trouve une conclusion.

Ce troisième volume se démarque toutefois des précédents par l’apparition d’une troisième voix narrative. Ce qui est logique quand on y pense : à chaque camp belligérant, son représentant. Cet ajout n’est pas factice mais vraiment indispensable à la résolution finale qui se prépare. c’est un point de vue, et une façon de s’exprimer, vraiment riche et enrichissant pour l’intrigue et pour les idées développées par Ness. Celles de l’altérité, notamment.

J’ai éprouvé moins de sensations fortes, même si les morts continuent de se multiplier. Pas de quartier, c’est le maître mot ici. On n’épargne personne, personnages principaux y compris.

Édition de poche prévue le 20 Avril

Les évènements s’enchainent rapidement, violemment mais moins que dans le tome précédent. En tout cas, on est moins mêlés à l’horreur. On a plutôt affaire à un énorme rouleau compresseur qui se hâte vers la résolution finale, sans concession. Et ce n’en est pas moins agréable, juste différent.

C’est donc vraiment une conclusion qui, c’est incroyable, ne déçoit pas. J’ai beau avoir longtemps cherché la faille, je ne l’ai pas trouvée. Ness termine son épopée avec brio, d’une façon à la fois surprenante, satisfaisante, et totalement logique. Il aura tenu jusqu’au bout: les (trop) bons sentiments n’ont pas leur place ici.

Sauf que. Et c’est bien là ma seule critique à l’égard de cette trilogie que vous pouvez par ailleurs lire les yeux fermés ( ou entrouverts, c’est quand même plus pratique).

Sauf que.

Quelques milliers de morts plus tard, la fin

Le traitement qui est fait de la Résistance, et particulièrement de Maîtresse Coyle m’aura chagriné du début à la fin. Patrick Ness a fait le choix de dénoncer l’extrémisme et les atrocités commises par les deux partis en présence : fascisme contre Résistance (oserais-je dire Communisme ?). Mais il fait de leurs deux leaders des égoïstes, avides de pouvoir qui n’existent que grâce à cette action violente. Et c’est là que le bas blesse.

En faisant de Maîtresse Coyle l’alter-ego féminin, certes un peu plus humain mais est-ce très difficile, du monstre qu’est le Maire, on en vient à oublier que les deux violences ne se valent pas. Le Maire a choisi la violence et la haine, et la Résistance n’a pas d’autre moyen pour les faire cesser – oui, c’est paradoxal- que d’user de la première à son tour. Patrick Ness voudrait nous faire croire, à travers le personnage décidément pas si sympathique de Viola, que la diplomatie et la discussion sont les seules solutions. Facile quand on détient la force militaire, les armes de dissuasion.

C’est un peu insultant pour la mémoire de ceux qui ont combattu, par les armes, pour leur liberté ET la nôtre. Ce sont pour moi des êtres d’un courage extraordinaire doublé d’un sens aigu du devoir, si ce n’est carrément d’un grand altruisme. et que ce soit en Espagne en 36, en France en 40 ou ailleurs, ils n’ont pas lutté à la seule force des mots et des bonnes intentions. Alors, même si je peux voir quel message Ness veut nous transmettre, il nie une certaine réalité historique.

      

 Aventure              Horreur                  Philosophie

Langue: français

Éditeur : Gallimard jeunesse

Catégorie : Jeunesse

Sous-catégorie : Dystopie

Thèmes : Civilisation, totalitarisme, liberté, résistance, violence

Pages : 528 + 560 + 510

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Le cercle et la flèche – Le chaos en marche 2

Après avoir englouti le tome 1, j’ai vraiment craint que le tome 2 ne soit pas à la hauteur. Et il n’en est rien. Même si mes doutes ont persisté à certains moments, Le cercle et la flèche est un roman différent du premier, plus lent mais aussi plus complexe et violent. Une lecture dérangeante. Dans le bon sens du terme.

Ça avait mal commencé, pourtant. On retrouve Todd et Viola, après leur fuite endiablée, mais cette fois-ci ils sont séparés. La narration alternera donc d’un chapitre à l’autre. Et les premières pages m’ont fait grincer des dents : les amoureux qui s’ignorent ne cessent de soupirer et de commencer des pensées qu’ils ne finissent jamais. Todd, ô Todd, je… Viola, ô ma Viola, que je… A chaque fois que le nom de l’un ou l’autre apparait, c’est lassant. mais ça ne dure pas.

Attention, cet article est un énorme SPOILER

pour le Tome 1 également.

(M’enfin vous devez vous en douter  vu qu’on parle d’un tome 2…)

Ils sont donc « coincés » à New Prentisville, anciennement Haven, rebaptisée par Le Maire Prentis devenu Président-Tyran. Chacun va nous faire découvrir, à tour de rôle, deux facettes de la guerre qui se prépare : Todd est du côté du tyran, et Viola va, peu à peu, s’impliquer dans la Résistance qui s’organise face à lui.

Ça sonne manichéen ? Le Bien contre le Mal ? Les gentils contre les méchants ? Eh bien, ce n’est pas le cas, en tout cas, pas à première vue (je reviendrai plus tard sur mes quelques réserves). Tous deux vont être confrontés à d’indicibles violences et actes de barbarie. Car Patrick Ness ne ménage pas son lecteur et tous les thèmes de l’occupation, de la lutte armée et de la dictature sont évoqués, voire décrits en détail : l’humiliation, l’asservissement et la torture de l' »ennemi de l’intérieur », le sacrifice de vies au nom de la cause… L’auteur ne nous épargne rien et tant mieux : pas de vision édulcorée de la guerre, pas d’impasse sur les dilemmes moraux qu’elle pose. Même la lutte pour la liberté et les idéaux est présentée comme telle : un combat, sanglant, pas toujours moral.

Tout le récit, assez lent au départ, tourne autour du leitmotiv de nos deux héros : On est les choix qu’on fait. Et malheureusement pour eux, heureusement pour le lecteur, Todd est loin de toujours faire les bons. Parce qu’il n’est, finalement, pas si facile que ça de résister à la collaboration quand on a beaucoup à perdre. Parce qu’on s’habitue à tout, même à la barbarie. On le voit donc petit à petit renoncer à ses convictions, commettre des actes atroces car on le lui a ordonné- c’est son excuse – et se déshumaniser. Et c’est là que c’est « dérangeant  » : Todd on le suit depuis 500 pages déjà, on l’aime bien. On essaie même de lui trouver des excuses, et pourtant, ses actes sont impardonnables, et on le sait très bien.

Patrick Ness fait donc des choix difficiles pour de la littérature jeunesse, mais nécessaires à la construction d’un récit qui tient la route, littérairement et moralement. Il nous met parfois mal à l’aise, nous sort de notre zone de confort.  Il nous (r)envoie face à des questions qu’on s’est forcément déjà posées, si on a entendu parler de l’Occupation allemande, de la barbarie nazi et de la Résistance. Et les réactions des différents protagonistes sont cruellement réalistes. Pour ne pas avoir cédé à la facilité, pour cette honnêteté, merci. Pour ne pas ménager le « jeune » lecteur et ne pas lui offrir une vision idéalisée de la lutte armée, merci.

Mais.

Quelque chose me gène dans la vision de la Résistance offerte par M. Ness. H. et moi somme d’ailleurs en désaccord sur le sujet, et j’espère que le dernier Tome confirmera que mes doutes ne sont pas fondés.

La Résistance, la Flèche, est un groupe de femmes majoritairement, qui posent des bombes, détruisent des infrastructures pour fragiliser le pouvoir en place, avant l’assaut final. Si leurs objectifs sont « matériels », il arrive qu’elles tuent, par inadvertance. Et si cela est regrettable, et regretté, elles savent que c’est la règle. Et cette vision me parait très tristement juste, pragmatiquement et historiquement. Peut-on aujourd’hui, reprocher à la Résistance française d’avoir tué par accident alors qu’elle faisait exploser un pont ? Peut-on lui reprocher les soldats allemands et les collaborateurs qu’elle a éliminés ? Non.

Pourtant, à travers la voix et le point de vue de Viola, Ness m’a donné l’impression de condamner ces actes de violence. Mrs Coyle, la chef de la Flèche, est présentée comme une femme avide de pouvoir, et parfois sans cœur. Une alter ego du tyran car elle n’hésite pas à sacrifier des vies pour le bien du plus grand nombre. Et donc, quand Viola rejoint la Flèche et pose des bombes, mais crie à qui veut l’entendre que sa chef est une meurtrière, ça me dérange profondément.

Le message de Patrick Ness serait-il finalement plus naïf et niais qu’il n’y parait ? Essaie-t-il de nous dire que la lutte armée, c’est bien, tant que personne ne souffre ? Que la violence et le meurtre ne sont justifiables que quand on agit par amour, pas par idéal ? Qu’un leader, quel que soit ce qui l’anime, est toujours un être égoïste et assoiffé de pouvoir ?

J’attends de voir comment le personnage de Mrs Coyle évolue. J’ai de l’espoir car je sens quand même une sympathie pour elle. J’espère que H. a raison et qu’il s’agit en fait d’une autre stratégie de Ness pour que l’on s’interroge, que l’on réagisse.

Si c’est le cas, il a réussi. J’attends la suite avec une impatiente encore plus grande que la dernière fois.

Nota Bene : Pour ceux qui connaissent l’excellent BSG, New Prentisville, c’est New Caprica. Ron D. Moore s’était lui-même inspiré de l’occupation française.

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Le chaos en marche – La voix du couteau

Avec un titre pareil, cette trilogie de littérature jeunesse était sûre de ne pas m’appâter. Et de toutes façons, cela faisait belle lurette que je ne lisais plus de Fantasy ou associé. Ennui et lassitude avaient eu raison de moi.

C’était sans compter sur H., ma chère documentaliste, qui faisant fi de mon ras-le-bol affiché pour ces histoires qui finissaient toutes par se ressembler, m’a prêté le 1er tome.

Et j’ai replongé.

En quelques pages, le mal était fait. J’ai lu d’une traite cette première partie d’une épopée, vraiment  originale.

Notre narrateur va avoir 13 ans (Oui, je sais, ça ne donne pas envie) et vit dans un univers post-apocalyptique qui fait froid dans le dos. Il est le plus jeune garçon du dernier village de son monde, village victime d’un virus qui aurait décimé toutes les femmes. Et comme si ce n’était pas suffisant, dans le genre malédiction, les pensées de chacun sont audibles, disponibles pour tous,  formant un brouhaha permanent, le Bruit.

Bref, un monde sympathique, joyeux et accueillant, où ce jeune homme se sent forcément très à l’aise. D’autant plus qu’il va rapidement s’apercevoir qu’on lui a toujours menti et qu’il a intérêt à fuir très vite. En même temps, même sans être menacé, c’est plutôt une bonne idée d’aller voir ailleurs.

C’est donc sa fuite effrénée -vers quoi ? toute la question est là- pour échapper à une menace obscure, que l’on suit tout au long de ce 1er volume.

Et c’est chouette, vraiment. Déjà, ce jeune homme a une drôle de façon de s’exprimer. Son orthographe est parfois approximative, ses mots sont déformés, voire inventés. Le rythme même de ses phrases est intrigant. Illettrisme ? Témoignage d’une certaine évolution de la langue ? Todd n’appartient clairement pas à notre univers.

Mais le meilleur, ce n’est pas cet adolescent en fuite, mais la galerie de personnages attachants ou carrément flippants que Patrick Ness pose sur son chemin. Du prêcheur fou Aaron, au maire de la ville, en passant par Ben le père adoptif ou la vieille Je-sais-plus-comment.

Il y a un savant dosage de suspense et d’action qui tient en haleine, le tout mâtiné d’un soupçon de violence. Alors certes, comme il s’agit de littérature jeunesse, le pessimisme et l’obscurité ambiants sont très vite nuancés par un message sur l’espoir, et des bons sentiments. Mais cela reste suffisamment discret pour ne pas gâcher ma lecture. Pas de grand discours niais pendant des pages, ça me convient. Et le héros, Todd, est parfois animé par de bien sombres pulsions et s’en mange, en retour, plein les dents.

Il me reste désormais à lire la suite. Mais j’avoue que j’ai peur d’être déçue.  Peur que sur la longueur cet univers s’épuise et que l’on retombe dans les topoï du genre.

En tout cas, j’ai hâte de voir où tout cela va nous mener, ce n’est pas tous les jours que des récits de littérature jeunesse réussissent encore à me surprendre.

Langue: français

Éditeur : Gallimard jeunesse

Catégorie : Jeunesse

Sous-catégorie : Dystopie

Thème : Civilisation

Pages : 528

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