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Les éditeurs français sont-ils des boulets ?

Ceci est une liseuse

Ou alors, les finesses de l’édition m’échappent complétement.

Je suis passée du côté obscur de la force et suis donc, depuis peu, l’heureuse propriétaire d’un Kindle touch. Vous savez, l’énorme succès d’Amazon, la liseuse à encre électronique. et j’en suis très contente, là n’est pas l’objet de cet article. Je ne rentrerai pas non plus dans le débat sur le tort que le livre électronique cause aux librairies indépendantes.

Le problème, ici, ce n’est pas le Kindle, mais l’offre de livres en français qui est proposée pour ce support.

Petit historique :

Le Kindle a été lancé aux États-Unis en 2007, et la version internationale de l’appareil est disponible depuis 2009 dans plus de 100 pays. Les chiffres ne sont pas disponibles, mais ça doit représenter un beau paquet de ventes. Des millions, sûrement.

Il est arrivé en France en 2011 pour la version de base et en 2012, pour la version Touch. Les éditeurs français n’ont donc pas été pris par surprise et avaient tout le temps de se préparer à la demande qui s’annonçait, vu le succès ailleurs. Et pourtant, il suffit que je regarde le catalogue français disponible pour que ça me mette en rogne.

Les prix

En grande naïve que je suis, j’ai pensé que j’allais faire des économies en achetant des ebooks en place du traditionnel livre papier. Que nenni ! Les ebooks français sont souvent aussi chers que la version papier, si ce n’est plus !

Petits exemples à l’appui :

Prenons quelques très bonnes ventes, disponibles en poche, d’époques, de lieux et d’horizons divers.  Accrochez-vous bien, c’est à n’y rien comprendre.

   

L’étranger, Albert Camus :      Et si c’était vrai, Marc Lévy :     Ça, tome 1, Stephen King :

ebook : 5,49 eur.                             ebook : 9,99 eur,                           ebook : 16,99 eur,

poche: 5,04 eur.                               poche : 5,80 eur                            poche : 7,69 eur

Et ce ne sont malheureusement pas des exceptions ! L’ebook est très souvent plus cher que la version papier. Il va falloir m’expliquer comment, parce que même si Amazon prend une commission importante, il me semble que les frais pour l’éditeur sont quand même sacrément réduits, non ?

Comment Albin Michel justifie-t-il de vendre son ebook au prix d’un broché ? Il me semblait que l’attrait d’un broché était dans l’objet, son format, la qualité de son papier. On payait aussi la nouveauté. Mais là, rien de tout ça ! Ils nous prennent vraiment pour des truffes s’ils pensent qu’on va accepter de débourser autant. Et hop, une vente qui ne se fera pas. Je déteste qu’on se paie ma poire en espérant que je ne remarque pas.

Le choix

Misère, misère ! Qu’il est indigent ce catalogue français. Si vous aimez la chick-lit ou la bit-lit, les nouveautés grand public, vous trouverez peut-être votre bonheur. Mais essayez de trouver une oeuvre de plus de 2-3 ans, traduction ou non, et c’est le désert. Le mot mansucrit n’a jamais aussi bien porté son nom, puisqu’apparemment les éditeurs n’ont jamais rentré l’une de leurs oeuvres sous format numérique. C’est en tout cas la seule explication que j’ai trouvée à l’absence de 95% du catalogue de certains éditeurs au format numérique. C’est sûr que s’ils en sont à embaucher de pauvres stagiaires pour taper tous les petits romans de leur collection avec leur petites mimines, on n’est pas sortis de l’auberge…

Un petit panel de mes recherches et déceptions :

– Actes-Sud, Babel : Adios Paul Auster, Russel Banks, Nancy Huston and Co. Au mieux, vous trouverez le dernier roman, mais rien de plus ancien.

– L’oeuvre de Joyce Carol Oates est portée disparue, tout comme celle de Cormac McCarthy, Pete Dexter, Colum McCann, Hubert Selby Jr., Augusten Burroughs,  et là encore, 90% du catalogue 10/18 ou seuil.

Des solutions ?

Si vous lisez en français, et uniquement en français, il existe des solutions, mais à la limite de la légalité. Car, pour palier le manque d’offres sur certains titres, des blogs amateurs se sont montés sur le net afin d’offrir gratuitement les titres manquants. Leur argument légal ? Chacun a droit à une copie de sauvegarde d’un exemplaire papier qu’il possède déjà. Vous pouvez donc télécharger de nombreux romans chez La Team Alexandriz, ou encore sur ebooks-fr, mais ce n’est pas considéré comme du piratage à condition que vous soyez déjà propriétaire de l’œuvre. Honnêtement, j’y ai trouvé une offre bien plus alléchante que chez Mamazone…

Si vous lisez en anglais, vous n’avez aucun souci à vous faire, car les éditeurs d’outre-manche et d’outre-atlantique ne sont pas des petits bras frileux et recroquevillés sur eux-mêmes. Ils ont joué le jeu du livre numérique et ils fleurissent ! Le catalogue est riche et abordable. Eux, au moins, n’essaient pas de nous refourguer au prix fort un livre vieux de 10 ans et sorti en poche depuis 5. On trouve de tout, pour toutes les bourses, et même pour les plus percées.

D’ailleurs, ne manquez pas de visitez l’Offre éclair de Mamazone : tous les jours, une œuvre (roman, essai, BD…) est proposée pour la modique somme de 0.99 eur. C’est inégal, mais on peut tomber sur de petites perles à prix sacrifié. J’y ai acheté récemment, toujours en anglais, Coraline de N. Gailman, Simon’s cat 2, Perdido Street Station de China Mieville, The Help de K. Stockett, le 1er volume de la Trilogie Ender et bien d’autres.

A mettre en favoris et à consulter tous les jours.

Les éditeurs ont-ils peur que lancer un livre numérique sur le marché favorisera le piratage ? Certes, c’est sans doute une crainte fondée. Mais leur stratégie ne tient pas la route. S’ils ne sont pas capables d’offrir à leurs clients une offre décente, à des prix raisonnables, nous (enfin, je) irons chercher cette offre ailleurs. Et pourtant, je suis de celles et de ceux qui dépensent chaque mois des sommes importantes en produits culturels, essentiellement en livres. Je serais bien évidemment prête à payer pour mes ebooks en français, même si une offre illégale existait en parallèle.

Mais là, j’ai tellement l’impression d’être méprisée voire prise pour une idiote que ça me donne des envies de dissidence et me pousserait à ne plus lâcher un centime à ces maisons d’édition, par pur esprit de contradiction.

Messieurs les éditeurs, réagissez ou vous n’aurez bientôt plus que vos yeux et un portefeuille vide pour pleurer.

Addendum : SFReader a répondu à cet article sur son blog et il y apporte des précisions très intéressantes : Les éditeurs français ne sont pas des boulets

Sinon, pour un avis complet sur le Kindle Touch, lisez le très bon article de Ruerivard.

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