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Les éditeurs français sont-ils des boulets ?

Ceci est une liseuse

Ou alors, les finesses de l’édition m’échappent complétement.

Je suis passée du côté obscur de la force et suis donc, depuis peu, l’heureuse propriétaire d’un Kindle touch. Vous savez, l’énorme succès d’Amazon, la liseuse à encre électronique. et j’en suis très contente, là n’est pas l’objet de cet article. Je ne rentrerai pas non plus dans le débat sur le tort que le livre électronique cause aux librairies indépendantes.

Le problème, ici, ce n’est pas le Kindle, mais l’offre de livres en français qui est proposée pour ce support.

Petit historique :

Le Kindle a été lancé aux États-Unis en 2007, et la version internationale de l’appareil est disponible depuis 2009 dans plus de 100 pays. Les chiffres ne sont pas disponibles, mais ça doit représenter un beau paquet de ventes. Des millions, sûrement.

Il est arrivé en France en 2011 pour la version de base et en 2012, pour la version Touch. Les éditeurs français n’ont donc pas été pris par surprise et avaient tout le temps de se préparer à la demande qui s’annonçait, vu le succès ailleurs. Et pourtant, il suffit que je regarde le catalogue français disponible pour que ça me mette en rogne.

Les prix

En grande naïve que je suis, j’ai pensé que j’allais faire des économies en achetant des ebooks en place du traditionnel livre papier. Que nenni ! Les ebooks français sont souvent aussi chers que la version papier, si ce n’est plus !

Petits exemples à l’appui :

Prenons quelques très bonnes ventes, disponibles en poche, d’époques, de lieux et d’horizons divers.  Accrochez-vous bien, c’est à n’y rien comprendre.

   

L’étranger, Albert Camus :      Et si c’était vrai, Marc Lévy :     Ça, tome 1, Stephen King :

ebook : 5,49 eur.                             ebook : 9,99 eur,                           ebook : 16,99 eur,

poche: 5,04 eur.                               poche : 5,80 eur                            poche : 7,69 eur

Et ce ne sont malheureusement pas des exceptions ! L’ebook est très souvent plus cher que la version papier. Il va falloir m’expliquer comment, parce que même si Amazon prend une commission importante, il me semble que les frais pour l’éditeur sont quand même sacrément réduits, non ?

Comment Albin Michel justifie-t-il de vendre son ebook au prix d’un broché ? Il me semblait que l’attrait d’un broché était dans l’objet, son format, la qualité de son papier. On payait aussi la nouveauté. Mais là, rien de tout ça ! Ils nous prennent vraiment pour des truffes s’ils pensent qu’on va accepter de débourser autant. Et hop, une vente qui ne se fera pas. Je déteste qu’on se paie ma poire en espérant que je ne remarque pas.

Le choix

Misère, misère ! Qu’il est indigent ce catalogue français. Si vous aimez la chick-lit ou la bit-lit, les nouveautés grand public, vous trouverez peut-être votre bonheur. Mais essayez de trouver une oeuvre de plus de 2-3 ans, traduction ou non, et c’est le désert. Le mot mansucrit n’a jamais aussi bien porté son nom, puisqu’apparemment les éditeurs n’ont jamais rentré l’une de leurs oeuvres sous format numérique. C’est en tout cas la seule explication que j’ai trouvée à l’absence de 95% du catalogue de certains éditeurs au format numérique. C’est sûr que s’ils en sont à embaucher de pauvres stagiaires pour taper tous les petits romans de leur collection avec leur petites mimines, on n’est pas sortis de l’auberge…

Un petit panel de mes recherches et déceptions :

– Actes-Sud, Babel : Adios Paul Auster, Russel Banks, Nancy Huston and Co. Au mieux, vous trouverez le dernier roman, mais rien de plus ancien.

– L’oeuvre de Joyce Carol Oates est portée disparue, tout comme celle de Cormac McCarthy, Pete Dexter, Colum McCann, Hubert Selby Jr., Augusten Burroughs,  et là encore, 90% du catalogue 10/18 ou seuil.

Des solutions ?

Si vous lisez en français, et uniquement en français, il existe des solutions, mais à la limite de la légalité. Car, pour palier le manque d’offres sur certains titres, des blogs amateurs se sont montés sur le net afin d’offrir gratuitement les titres manquants. Leur argument légal ? Chacun a droit à une copie de sauvegarde d’un exemplaire papier qu’il possède déjà. Vous pouvez donc télécharger de nombreux romans chez La Team Alexandriz, ou encore sur ebooks-fr, mais ce n’est pas considéré comme du piratage à condition que vous soyez déjà propriétaire de l’œuvre. Honnêtement, j’y ai trouvé une offre bien plus alléchante que chez Mamazone…

Si vous lisez en anglais, vous n’avez aucun souci à vous faire, car les éditeurs d’outre-manche et d’outre-atlantique ne sont pas des petits bras frileux et recroquevillés sur eux-mêmes. Ils ont joué le jeu du livre numérique et ils fleurissent ! Le catalogue est riche et abordable. Eux, au moins, n’essaient pas de nous refourguer au prix fort un livre vieux de 10 ans et sorti en poche depuis 5. On trouve de tout, pour toutes les bourses, et même pour les plus percées.

D’ailleurs, ne manquez pas de visitez l’Offre éclair de Mamazone : tous les jours, une œuvre (roman, essai, BD…) est proposée pour la modique somme de 0.99 eur. C’est inégal, mais on peut tomber sur de petites perles à prix sacrifié. J’y ai acheté récemment, toujours en anglais, Coraline de N. Gailman, Simon’s cat 2, Perdido Street Station de China Mieville, The Help de K. Stockett, le 1er volume de la Trilogie Ender et bien d’autres.

A mettre en favoris et à consulter tous les jours.

Les éditeurs ont-ils peur que lancer un livre numérique sur le marché favorisera le piratage ? Certes, c’est sans doute une crainte fondée. Mais leur stratégie ne tient pas la route. S’ils ne sont pas capables d’offrir à leurs clients une offre décente, à des prix raisonnables, nous (enfin, je) irons chercher cette offre ailleurs. Et pourtant, je suis de celles et de ceux qui dépensent chaque mois des sommes importantes en produits culturels, essentiellement en livres. Je serais bien évidemment prête à payer pour mes ebooks en français, même si une offre illégale existait en parallèle.

Mais là, j’ai tellement l’impression d’être méprisée voire prise pour une idiote que ça me donne des envies de dissidence et me pousserait à ne plus lâcher un centime à ces maisons d’édition, par pur esprit de contradiction.

Messieurs les éditeurs, réagissez ou vous n’aurez bientôt plus que vos yeux et un portefeuille vide pour pleurer.

Addendum : SFReader a répondu à cet article sur son blog et il y apporte des précisions très intéressantes : Les éditeurs français ne sont pas des boulets

Sinon, pour un avis complet sur le Kindle Touch, lisez le très bon article de Ruerivard.

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Touche à tout : des livres à manipuler

Le Bigorneau a déjà, à 16 mois, une bibliothèque impressionnante pour son âge. Il y a en pour toutes les humeurs et tous les goûts, même si une journée s’achève rarement sans qu’on les ai tous lus une fois.

Il y a les livres à chanter, les livres à bruiter, les livres à raconter, ceux avec des coccinelles, ceux avec des papas ou  avec des Chapi (cf le lexique du bigorneau). Mais ceux qui remportent la palme, haut la main, depuis le début, ce sont les livres qui sont drôles à tripoter !

Parce que je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les formes et formats des livres pour petits ne sont pas toujours adaptés pour un tournage de pages par mimines gluantes empotées et posage sur cuissot rebondi.

Du coup, il y a les livres qu’on lit plutôt avec papa et maman, et ceux qu’on découvre tout seul. Petit tour d’horizon des livres que le Bigorneau a beaucoup aimé, voire aime encore manipuler :

Dès qu’il sait saisir un objet :

a) L’imagerie des bébés, Fleurus

Ne nous leurrons pas, les premiers livres ne sont là que pour être mangés. Puis, une fois rassasié, le Bigorneau tourner leur page, parce que c’est rigolo. Enfin, s’il lui reste un peu d’énergie, il consentira à en étudier le contenu.

L’imagerie des bébés, chez Fleurus est parfaite pour ça. Le format est petit, les coins bien arrondis, et la couverture molletonnée. Le livre tient très bien en main et les pages sont faciles à tourner, parfait pour nos modèles réduits. Le contenu est simple mais très attractif pour l’œil de bébé, car il ne s’agit pas de dessins, mais de figurines en pâte à modeler. Du coup, on  a une impression de relief qui retient l’attention.

Clairement, on n’achète pas ces livres pour introduire bébé à la beauté et à la grandeur de la langue française : le texte est réduit à sa portion congrue.

Un coup de cœur particulier pour l’imagier du corps. Car si le Bigorneau, vieux de 15 mois, s’est désintéressé au fil des mois de ses imagiers, celui-ci, plus ludique et empli de petits bonhommes, continue de l’amuser. Il accompagne la lecture des pages et des « montre-moi ton… » qui composent le livre de gestes trop choupinous.

Dernier avantage : on les trouve partout, même à Super U !

Dès qu’il sait tourner les pages :

b)  Sur le chemin, Milan jeunesse

Le Bigorneau étant un gros frustré de la vie, du genre à vous percer les tympans si quelque chose lui résiste, nous avons très vite investis dans des livres qu’il pouvait explorer seul, sans hurler. Et celui-ci est parfait.

Le principe est simple : à gauche un ou des animaux découvrent d’autres animaux « cachés » derrière un obstacle. Cet obstacle est en fait une page centrale en relief qui joue sur la transparence et facilite la préhension (toi même !). Ainsi, les coccinelles découvrent derrière une fleur un paillon, les petits poissons un requin derrière une algue, un crabe un pied derrière un seau de plage etc…

Cerise sur le gâteau, le texte est tout en allitérations et forme une douce mélodie. Un très chouette livre que le Bigorneau s’est fait un plaisir d’écorner, sans jamais le détruire déchirer (il l’a pourtant depuis ses 9 mois. Une valeur sûre, je vous dis).

Dès qu’il tient assis :

c) Dans les nuages, Loulou & Cie, L’école des Loisirs

Pourquoi un livre devrait-il forcément être carré ? Ou rectangulaire ? Pas toujours pratique pour tourner les pages collées par des bouts de pains machouillés ou de la graisse de Bigorneau. Ici, chaque page a une forme unique, celle d’un nuage, si bien qu’il y a toujours un bout qui dépasse à saisir. Sur chaque double page ? Un truc qui vole: on commence par une coccinelle et on finit par ça aussi, pour la plus grande joie du Bigorneau.

Dès qu’il aime jouer à sortir et ranger des objets :

d) Mes petites comptines, Tourbillon

Mes petites comptines chez Tourbillon est un objet-livre génial. Il se présente comme une boîte qu’on ouvre sur le côté, et dans laquelle sont rangés 9 mini livres. Chacun de ces livres est consacré à une comptine : à gauche, le texte, à droite l’illustration. Le Bigorneau a passé des heures à jouer avec et à nous solliciter pour les chanter. C’est de la que lui viennent la mémorisation de la mélodie d » 1,2, 3, nous irons au bois » dont je parlais ici et sa passion pour le mot « Coucou ». C’est non seulement génial pour leur faire découvrir ces classiques de la chansonnette (Une poule sur un mur, Le bon roi Dagobert, Dans la forêt lointaine…), mais ils s’amusent comme des petits fous avec ces petits objets parfaitement adaptés à leur main. On retire les livres grâce à une petite ficelle et on les remet en les écrasant replaçant dans de petites cases prévues à cet effet.Les illustrations et les couleurs sont très chouettes, ce qui ne gâche rien. C’est le genre de livres que j’offrirai sans hésiter aux futures mamans.

e) Ma p’tite boîte à livres, Éditions Quatre Fleuves

Ma p’tite boîte à livres est également une boîte, toute en hauteur cette fois-ci, dans laquelle sont empilés 10 petits livres. Le format est un peu plus grand mais très maniable, cependant. Les livres traitent des sujets de la vie quotidienne (ma journée, ma famille) et les classiques couleurs, animaux etc… Bigorneau s’éclate à sortir les livres de la boîte, à la trainer derrière lui grâce à sa poignée, mais en tant que parent, je suis plus mitigée.

Alors certes, c’est écolo, livres et boîte étant constitués à 98% avec des matériaux recyclés, mais le contenu est très léger, voire inadapté pour un petit nenfant français. Il s’agit apparemment d’une traduction ricaine car on y trouve des bus jaunes, des écoles avec des clochers, des fruits et légumes parmi les plus courants outre-atlantique mais moins chez nous. Heureusement, certains livres sont exempts de ces américanismes, comme ceux sur la famille, mais on y trouve en revanche de beaux clichés sur les rôles garçon/fille, papa/maman.

Dès qu’il a les doigts assez agiles

Last but not least, voici les ouvrages favoris du Bigorneau ces derniers temps : les livres à « fenêtres ». Je ne sais pas si ça a un nom officiel, mais c’est comme ça que j’appelle les livres qui dissimulent des images sous des « volets » qu’il faut soulever ou tourner. Une image dans l’image.

f) Mais il est où ?, Loulou & Cie, L’école des loisirs

Mais il est où ? est un ouvrage aux couleurs vives, des mêmes auteurs que Dans les nuages. Tout démarre sur la couverture où l’on peut ouvrir la porte d’une cage et découvrir cette phrase : il est parti mon canari. On parcourt donc le livre à la recherche dudit canari, en découvrant différents objets et habitants de la maison et du jardin, et en cherchant dessous si le canari s’y trouve. Par exemple, sous le volet du tas de feuilles du jardin, on découvre des champignons, et sous ces champignons, une fourmi. Il faut donc poursuivre notre recherche. Le comique de répétition est vraiment le grand truc du Bigorneau qui répète Nononon en boucle à chaque fois qu’on lui demande si le canari se trouve là. Un chouette bouquin, même s’il a encore un peu de mal à saisir les fenêtres parfois, pour les tourner seul.

Plus simple, pour les plus petits, mais tout aussi efficace, je vous conseille aussi celui-ci : Qui se cache sous les fleurs ? chez minedition.

Pour les plus grands, je vous renvoie à mon article sur les magnifiques livres Pop-up des éditions les Grandes Personnes.

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Zoo City – Lauren Beukes

Je suis déçue, déçue, déçue. Zoo City, conseillé par tous, acclamé par la critique SF, s’annonçait comme un excellent roman de divertissement. On me l’avait présenté comme une nouvelle version de La croisée des mondes, en plus adulte, drôle d’amalgame. Et c’est là que j’aurais peut-être dû me méfier.

Zoo City se passe dans un Johannesburg post-appartheid, violent et inégalitaire. Et toute l’originalité du roman repose sur la raison de cette fracture. Un mal ronge l’Afrique en feu mais aussi le monde entier et le scinde en deux: soit vous êtes un criminel, un rebut de la société ou vous n’avez rien à vous reprocher, soit vous avez un familier ou vous n’en avez pas. C’est un peu une version modernisée de Le Bon, la Brute et le Truand, quoi.

Mais on n’est pas chez Clint, et ce familier – moineau, pingouin, paresseux – vous ne naissez pas avec, il vous tombe littéralement dessus : il est la preuve vivante de votre culpabilité. Et dès lors que vous l’acquérez votre vie change, les règles changent :

– Il meurt, vous mourez.

– Avec lui, vous « gagnez » un don, un pouvoir psychique.

Zinzi December est une héroïne comme on les aime : forte, indépendante, vive d’esprit, à la vie chaotique et désordonnée. Ancienne journaliste devenue droguée devenue meurtrière devenue Zoo/animalée, c’est elle qu’on suit dans les recoins les plus obscurs de cet univers.

Jusque là, c’est très prometteur, non ?

Eh bien, c’est là que réside le problème de cette lecture : elle m’a frustrée. Sur le papier, le potentiel est tellement riche, les idées tellement bonnes, que la réalisation, honnête mais très commune, m’a laissée sur le bord de la route.

Zinzi a un don assez sympathique : elle retrouve ce qui a été perdu. Jusqu’à présent, elle s’est limitée aux objets, mais le couteau placé sous la gorge par son ex-dealer, elle accepte de retrouver Song, une jeune chanteuse, pour son producteur. Et là, c’est le drame.

Ce fil narratif va certes nous permettre d’avoir un aperçu de la vie et des talents de Zinzi, d’avoir un goût de la ville et de la faune qui s’y cache. Mais on se concentre tellement sur cette histoire, au final inintéressante et sans rapport avec les autres thèmes soulevés, qu’on survole tout le reste.

Pourquoi se lancer dans une ennuyeuse histoire d’enlèvement quand on a tant de possibilités narratives ?

Pourquoi se concentrer sur ces enfants-chanteurs sans profondeur au détriment de Benoit, l’amoureux réfugié rwandais à la double vie, ou même D’Nice et Marabout, deux vilains à peine dépeints ?

Même quand la magie arrive de plein fouet dans la vie de Zinzi, à la fin du roman, ça tombe comme un cheveu sur la soupe. Pourtant, là encore, le potentiel est là car les rares scènes de magie sont réussies. De toutes façons, quand l’intrigue principale vous fait bailler, c’est mauvais signe.

Attention, c’est loin d’être un mauvais roman : on le lit en entier sans difficulté, l’originalité est là. Mais j’ai eu en permanence le sentiment d’être en décalage avec l’auteur. Elle m’emmène dans des directions qui m’ennuient -l’enquête policière, la course poursuite, la Pop musique- et délaisse celles qui m’apparaissaient vraiment dignes d’intérêt, et certainement beaucoup plus sombres. Parce que c’est bien joli, on parle drogue, meurtre, sexe, mais on n’en voit rien. Tout cela glisse sur les personnages, à peine croqués. La construction des personnages n’est pas le fort de Lauren Beukes: ils sonnent vide.

Au final, Zoo City est un bon roman… de Littérature Jeunesse ! La comparaison avec La croisée des mondes se limite à la présence des familiers : l’univers et l’écriture de Pullman sont bien plus à mon goût.

Je n’ai pas trouvé ici la complexité et la force auxquelles je m’attendais quand on parle morale, culpabilité, mort et survie.

You see in this world there's two kinds of people, my friend. Those with loaded guns, and those who dig. You dig.

 

 

Attention : ce roman est conseillé par SFX magazine, pas SEX magazine. Bande de pervers.

Titre original : Zoo City

Langue: français

Éditeur : Eclipse

Thèmes : Culpabilité, Violence, Mort, Survie

Pages : 344

1re publication : 2010, traduit en 2011

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American Pyscho , 20 ans après – Bret Easton Ellis

American Psycho est le roman du vide, de l’apparence et des mots qui sonnent creux.

Le vide, c’est la superficialité d’un mode de vie inepte, uniformisé, sans âme et sans morale. Celui des Happy few.

Le problème, c’est le trop plein – comme pour les égouts – c’est-à-dire tout ce que vous y mettez, dans cette vie creuse et sans saveur, pour compenser. Pour se sentir plein. Pour se sentir exister. Pour sentir, tout simplement.

Il y a des codes, des règles, une hiérarchie. Il y a ceux qui connaissent le dressing code. Il y a les élus et les autres.

Mais le trop plein, c’est aussi ce que vous essayez d’étouffer et qui refait surface, vous envahit, vous domine : la colère, la haine, la fureur. Cette animalité et cette folie, ô combien incompatibles avec cet univers de faux-semblants et de Rollex à 50 ans.

Pat Bateman est devenu un maître dans l’art de naviguer dans ces eaux troubles : Docteur Jekyll à Wall Street le jour, entre deux J&B, un rail de Coke et un peu de shopping chez Valentino, il se transforme en Mister Hyde la nuit, tuant, torturant, dévorant à tout va.

20 ans après sa publication et son énorme succès, je lis enfin cet « incontournable » de la littérature de la fin du siècle dernier. Qu’est-ce que ça change, me direz-vous ? Je n’en sais rien mais il a tellement été présenté comme le  « roman phare d’une époque » qu’on est en droit de se demander s’il peut survivre à ladite époque.

Le début m’a profondément ennuyée. On passe de rencontre superficielle dans un bar, à une autre rencontre superficielle dans un restaurant, le tout entrecoupé d’une litanie de marques de fringue – procédé qui pour le coup a vécu. Je sentais la fable moralisatrice sur la société de consommation pointer le bout de son nez. C’est creux, c’est répétitif, et on n’a vraiment rien en commun avec ces gens-là. Et c’est, rétrospectivement, tout à fait voulu.

Puis, Patrick Bateman, notre yuppie de héros (Young Urban Professional), commet son premier meurtre et le roman prend une autre dimension. Ce meurtre est le seul que je lirai en entier, car les suivants sont tout bonnement insoutenables. N’allez pas croire que je fasse ma midinette : Pat Bateman ne se contente pas de tuer. Il viole, il torture (à l’électricité, à l’acide…), il éviscère, il scalpe, il démembre, puis mange parfois ses victimes. Son traitement des femmes est pire que tout. Ces passages, absolument à vomir et / ou à cauchemarder, je les ai allégrement passés, mais pourtant c’est dans leur présence que réside tout l’intérêt du roman.

Car c’est cette coexistence froide entre les deux univers qui fait de Pat Bateman un être fascinant. Et la force de BEE réside dans son art de l’ellipse et des transitions : Pat est en train de dévorer le foie d’une victime, qu’il a énucléée puis découpée en morceaux. Blanc. Nouveau paragraphe. Il disserte avec sa maîtresse et ses collègues sur la façon dont on porte l’épingle de cravate. C’est un expert. Et rien de tout cela n’est dérangeant dans l’univers de Pat Bateman. Les deux mondes cohabitent parfaitement : celui de Wall Street entretient son dégoût de l’humanité, lui fournit occasionnellement des victimes, celui du meurtre lui permet de se calmer assez pour maintenir l’illusion du yuppie à qui tout réussit.

Mais ça ne va pas durer, et c’est avec un plaisir légèrement morbide et sadique qu’on assiste au fissurage progressif de la vie de Pat Bateman. Il ne contrôle plus rien.

Bref, après une certaine réticence, je me suis laissée emporter par la folie dévastatrice du héros. Plus le roman progresse, et plus on se prend claque sur claque. La cadence s’accélère, la sauvagerie atteint des sommets indicibles. Et on ne décroche pas.

Syndrome de l’accident sur le bord de la route ? On ne peut détourner les yeux, fascinés par tant d’horreur ?

Sûrement en partie. Et puis, tous les autres ingrédients d’un livre à succès sont là : sexe, drogue, alcool.

Mais American Psycho est loin d’être le premier, et 20 ans après, alors qu’on y parle encore cassettes VHS, il fait son petit effet. Pourquoi ?

Tout le mérite revient à l’écriture, rapide et haletante certes, mais surtout au personnage de Pat Bateman. Pat Bateman est un mystère. On passe le roman à chercher une explication à son comportement, une faille qui pourrait nous le rendre sympathique.

Mais non. Pat Bateman reste un étranger, un homme qui agit selon une logique tordue qui lui est propre, et sans jamais éveiller chez le lecteur la moindre once de sympathie. Il est beau, parle bien, est incollable sur Génésis ou les restaurants à la mode.

On ne l’aime pas mais pourtant, on ne le déteste pas, on reconnait même en lui certaines personnes de notre entourage.

Pat Bateman est une expérimentation : celle de l’homme moderne élevé selon les seules règles du capitalisme et de la société de consommation.

Il déroule sa vie devant nous et on reste, spectateur hypocrite et complaisant, pour recevoir un shoot d’adrénaline qui n’a pas l’air d’avoir faibli en 20 ans.

Mais passées les sensations fortes, que restera-t-il de ma lecture ?

Une sensation de malaise, mais aussi le sentiment d’avoir lu un roman abouti et jusqueboutiste. Intellectuellement, il mérite d’être lu. Émotionnellement, c’est une autre paire de manches. Je ne crois pas que j’oserai jamais le conseiller.

En tout cas, un grand merci à achille49 qui m’a offert ce roman lors du swap USA organisé sur Livraddict. Je ne regrette pas ma lecture.

Titre original : American Psycho

Langue: français

Éditeur : Seuil

Collection : Points

Thèmes : Folie, Société de consommation, violence

Pages : 520

1re publication : 1991, traduit en 1997

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The perks of being a wallflower – Pas raccord – Stephen Chbosky

Ploum, ploum, c’est le printemps et tout part à vau-l’eau ! Aucun article,  mais surtout aucune critique depuis belle lurette ! Elle fout quoi, la Coffee, elle glande ?

(fin de l’intermède schizophrénique, destiné à interpeler un public fort marri de la situation)

J’ai deux romans en plan.

Le très estimé On the road de Kerouac, qui pour l’instant me faiche, et le moins connu et néanmoins prometteur Riding Toward Everywhere de William T. Vollmann, très décousu et au vocabulaire un peu trop spécialisé. L’auteur vient de sortir une enquête sur l’après Fukushima. Ça m’intéresse.

J’ai honte.

Doublement honte car le seul roman que j’ai terminé en 1 mois est un roman jeunesse, en anglais certes, mais encore un semi clône sponsorisé par les raéliens de la littérature jeunesse : The perks of being a wallflower

J’ai passé un bon moment (1h, 1h30), versé ma petite larme (je vous ai déjà dit que je pleurais pour un rien ?) et remisé l’ouvrage dans un coin en me disant que je pourrai le conseiller à mes élèves, très friands du genre.

De quoi s’agit-il ?

Le héros, un lycéen à la marge, décalé, brillant et malade à la fois, raconte à une inconnue son année scolaire, par le biais de lettres. C’est donc un énième roman sur l’adolescence mal dans sa peau, inadaptée, qui se cherche. Un critique aura même comparé « The perks » à l’attrape-coeurs. Faut pas trop pousser le bouchon, Maurice.

Le héros est un jeune intéressant, au mode de pensée brillant et original. Sa vision du monde et des relations humaines est touchante et prête souvent à sourire. Mais « the perks » est loin de l »universalité et du style d’un attrape-cœurs. S’il nous touche par moments, on ne s’y identifie pas vraiment, et surtout le sentiment est fugace.

C’est un joli roman, bateau par son univers et les problèmes qu’il pose, mais qui échappe très bien à un certain nombre de clichés, et nous épargne la tête-à-claquerie ou l’insipidité de la plupart des narrateurs du genre (une petite pensée pour Paper Towns). La maladie mentale du héros est un ajout intelligent, mais qui met de la distance avec le lecteur. La vision de l’adolescence a le mérite de ne pas se limiter à la mélancolie, l’amûr, le lycée : on y cause drogue, sexe, alcool et Rocky Horror Picture Show.

Si vous avez 14 ans, vous aimerez sûrement. En plus, c’est pas difficile à lire. Même s’il y a quand même quelques références culturelles sympathiques du siècle dernier (1999) qui t’échapperont.

Si vous êtes plus proche de la trentaine, faites-le vous prêter sur la plage par votre neveu de 14 ans. Vous passerez un bon moment. Et vous pourrez vous la péter quand le film sortira dans le courant de l’année.

C’est ce que j’aurais du faire, mais avouez que la couverture est attirante. Et en relief !

Allez, rendez-vous quand j’aurai fini de lire American Psycho (Non, je ne lis pas que des livres qui ont au moins 10 ans !). Mais c’est pas gagné : j’ai commencé à faire une fixation sur les fautes d’orthographe (à ce niveau là, ça ne s’appelle plus des coquilles), et ça me ralentit.

Emma Watson ou pas, cette affiche est un crime contre mon humanité

Langue: anglais

Éditeur : Simon & Schuster

Catégorie : Jeunesse

Sous-catégorie : Récit de vie

Thème : Adolescence

Pages : 240

1re publication : 1999

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